
La 14ème
édition des Rencontres théâtrales
internationales du Cameroun (Retic) démarre le 17 novembre
prochain. Face à la presse jeudi dernier, Ambroise Mbia le
président du comité d’organisation et
princesse Rabiatou Njoya, la coordinatrice du colloque, en ont
exploré les différents contours.
C’est par un spectacle d’envergure,
intitulé “ Ngum’a Jemea ”, une
mise en scène de Louise Belinga,
interprétée sur les planches, par les
comédiens du centre d’initiation à la
culture Douala- Cameroun, que les festivaliers vont vivre le 17
novembre prochain, en ouverture des rideaux, le démarrage de
la 14ème édition des Rencontres
théâtrales internationales du Cameroun (Retic).
L’intrigue exécutée dans la pure
tradition sawa, tourne autour des épopées de
Douala Manga Bell ; depuis son intronisation comme le souverain, king
Bell, roi des Douala, la signature du traité Germano-Douala,
par les deux parties le 12 juillet 1884, son opposition aux Allemands,
sa destitution, suivie de son emprisonnement,
jusqu’à sa pendaison en compagnie de Ngosso Din,
son secrétaire. La prestation scénique, en elle
seule est un véritable régal artistique
rythmé et cadencé ; tant sur le plan de la mise
en scène, du déroulement de l’intrigue,
que de son dénouement.
D’entrée de jeu, le spectacle, du fait
déjà de l’expertise de son metteur en
scène, éblouit et séduit. En plus
d’accrocher, fait inédit, la prestation
scénique qui est une reconstruction des faits historiques,
consacre pour les jeunes générations en mal de
leur histoire, une communion parfaite entre les comédiens
sur scène et ce qui s’est passé, en
cette période-là. En plus de cette
représentation théâtrale en ouverture,
pendant toute une semaine, ce jusqu’au 24 novembre 2005, le
public aura droit à de nombreux autres spectacles, que
donneront les troupes et compagnies théâtrales
invitées à ce banquet culturel. Signalons les
présences de l’atelier Eyeno du Gabon, avec le
spectacle “ Powe ”, la compagnie Arène
théâtre du Niger avec “ Tiens bon
Bonkano ”, la compagnie Utafika de la Rdc, avec “
Cadavre, mon bel amant ”, la compagnie les conteurs de tout
de la Rca, avec “ Antigone de Sophocle ”. Le
Cameroun, grande première, depuis bientôt cinq
années, prend le départ avec à
l’affiche, une demi-dizaine de spectacles de haute facture.
En plus de “ Ngum’a Jemea ”, le Gree
théatre de Douala sera présent avec “
les voies sans voix ”, la compagnie Annoora, avec “
Flesh ”.
“ Nous avons intérêt à
privilégier et à présenter les
pièces camerounaises. Celles programmées cette
édition, sont valables et méritent
d’être montrées. La grande
originalité, c’est qu’elles sont toutes,
des créations nouvelles ”, a affirmé
Ambroise Mbia. Les lieux des manifestations retenus, sont la galerie
Afri’créa, pour des spectacles, des expositions
d’images sur le théâtre camerounais et
le forum des jeunes praticiens du théâtre ; le
Centre culturel français devrait accueillir, les spectacles
du soir, le Goethe Institut, le stage/atelier et le colloque. Le
comité d’organisation entend innover, en
rapprochant le théâtre du public. A titre
expérimental, des représentations seront
données : au collège Stoll d’Akono,
à l’université de Yaoundé II
à Soa et au Lycée de Mfou.
Colloque
En plus des 21 spectacles avec une sélection des meilleures
pièces africaines, européennes et asiatiques,
l’événement qui est organisé
par le centre camerounais de l’institut international du
théâtre, prévoit un colloque sur le
thème “ Théâtre camerounais :
bilan et perspectives ”, coordonné par la
princesse Rabiatou Njoya ; et qui verra la participation des hommes et
femmes du théâtre camerounais. Est aussi
prévu, un stage atelier, sur la gestion administrative
d’une compagnie artistique, animé par Vincent
Koala du Burkina Faso et Michel Chekoua du Cameroun. Les Retic, seront
aussi meublées par des rencontres professionnelles et des
espaces carrefours avec les metteurs en scène
avérés et des grands hommes du
théâtre africain ; mais surtout des expositions de
photos sur un demi-siècle de théâtre
camerounais à la Galerie Afri’créa
pendant toute la durée du festival.
Au fil des ans, les Retic, deviennent le cadre
privilégié de diffusion et de promotion du
théâtre africain. A l’origine, un
rêve de passionnés, cette grande fête du
théâtre est aujourd’hui un
événement très attendu, qui rassemble
un effectif important de professionnels et un nombre sans cesse
croissant d’amoureux d’art de l’art
dramatique.
| Marguerite Estelle ETOA |
| [17/11/2005] |

Retic 2005 : le 14e acte s'est
ouvert
By Jules Romuald
Nkonlak
18 Novembre 2005
Le premier spectacle du festival de
théâtre a été
présenté hier au Ccf de Yaoundé.
C'est une
histoire qui part de
l'intronisation de Douala Manga Bell comme roi des Douala, qui passe
par son
combat contre la puissance colonisatrice allemande et qui
s'achève par sa
pendaison le 08 août 1914. Bref, une histoire d'une
période de la vie de Douala
Manga Bell. Ce spectacle, le tout premier de l'édition 2005
de ce festival de
théâtre, est une présentation du Centre
d'initiation à la culture Douala
(Cicd), l'une des troupes camerounaises
sélectionnées pour le festival.
C'est par contre
les lieux des
spectacles qui ont été à l'origine de
quelques grincements de dents. Tous ne se
dérouleront pas au Centre culturel français de
Yaoundé, au grand déplaisir de
certaines troupes, qui ont marqué leur
mécontentement de devoir se produire sur
des sites tels que l'espace Africrea, le collège Stoll
d'Akono, le lycée de
Mfou, l'université de Yaoundé II à
Soa. Autre inquiétude sérieuse, la tenue
effective, ou du moins l'ouverture dans les délais, du
colloque sur le thème
«Théâtre camerounais: Bilan et
perspectives».


| Alain TCHAKOUNTE |
| [16/06/2005] |
Un
projet de
partenariat entre les Retic et une compagnie française
devrait aboutir à la
mise sur pied d’un matériel de spectacle mobile
Le lien entre Emmanuel Gautier, responsable de la compagnie " Du Zef
", et les Rencontres théâtrales internationales du
Cameroun s’est créé
voici maintenant deux ans. Le metteur en scène et concepteur
de spectacle
marseillais avait réalisé la musique
d’une pièce, " Le collier
d’Hélène
" lors des Retic 2003. Aujourd’hui, la rencontre commence
à porter des
fruits. Depuis trois semaines, accompagné d’Agathe
Durand, Emmanuel Gautier a
sillonné le Cameroun et fait un repérage de
quelques endroits qui pourraient
accueillir des outils itinérants de création
artistique. Mais aussi animé des
ateliers de musique, de théâtre et de conte. Cet
outil est composé d’un
chapiteau, d’une sonorisation, des lumières, des
scènes et de deux bus… "
Le projet, intitulé " Echanges artistiques et
créations itinérantes "
s’étale sur trois phases : la phase de
création d’une pièce
théâtrale, de
diffusion et de formation des techniciens pour la gestion du
matériel ",
déclare Emmanuel Gautier.
Le projet commencera matériellement vers la fin du mois de
juillet, avec un
lancement, par une pièce issue du repérage
effectué pendant trois semaines au
Cameroun par les responsables de la compagnie. " C’est un
scénario inspiré
de nos identités africaines et européennes. Il
est axé sur nos cultures et vise
à valoriser nos différences ", explique Emmanuel
Gautier. La pièce sera en
tournée en Afrique et en France. Elle associera plusieurs
partenaires
africains, dont le festival Africafete du
Sénégal. Ambroise Mbia est le
partenaire camerounais et président des Retic,
l’institution à qui reviendra la
gestion de ce théâtre itinérant. Il
accueille ce partenariat avec joie : "
C’est un outil qui devra être au service des
artistes du pays. Il permettra
d’aller à la rencontre du public le plus
reculé, et de donner l’occasion aux
créateurs de s’exprimer. " Il ajoute : "Le
ministère de la Culture a
promis de nous soutenir dans ce sens, car l’outil est nouveau
et n’a jamais été
vu auparavant au Cameroun. Il devra ainsi pallier le manque de salles
de
spectacles et de scènes. "
Pour Emmanuel Gautier, l’expérience permettra de
ne plus être dépendant de ce
qui est existant. A la 14e édition des Retic, que
l’on prévoit pour la semaine
du 18 au 24 novembre, le partenariat offrira outre la
création, des
opportunités de formation artistique et technique pour
l’entretien du matériel
mais aussi des ateliers de décoration ou de fabrication des
sites et des
spectacles musicaux menés par une fanfare à
réaction rapide.

14e EDITION DES RENCONTRES
THÉÂTRALES INTERNATIONALES RETIC 2005
Rendues
à mi-parcours, les Retic
2005 donnent à voir au public de Yaoundé, Akono,
Mfou et Soa, des spectacles
saisissants.
La 14ème
édition des rencontres théâtrales
internationales
du Cameroun (Retic) qui a démarré le 17 novembre,
n’a pas trahi les nombreuses
attentes. Sur les planches de l’auditorium du Ccf,
à la galerie Afri’créa, qui
accueille les spectacles de 17 heures, comme dans les
différents sites des
banlieues de la ville de Yaoundé, où sont
programmés les spectacles, l’ambiance
est dynamique, rythmée et bien cadencée. Au jour
le jour, festivaliers et
mordus du théâtre ont l’embarras de
choix ; le tout à l’honneur d’un
rendez-vous des Retic, qui en plus de devenir au fil des ans, le cadre
privilégié de diffusion et de promotion du
théâtre africain, s’est vêtu
cette
année de ses habits neufs de festival itinérant.
Après “
Ngum’a Jemea ”, en ouverture,
l’entrée en scène de
la compagnie les conteurs de tout de la Rca, tout comme celle du
comédien
belge, Etienne Van Der Belen ; respectivement dans les prestations
scéniques
des pièces : “ antigone de Sophocle ” et
“ à ta folie ”, ont constitué
un
véritable régal artistique. A travers des mises
en scènes captivantes, un jeu
de comédiens abouti, leur bonne appropriation de
l’intrigue, des décors collant
à la prestation et à la trame
scénique, le casting de la 14ème
édition des
Retic organisées par le Centre camerounais de
l’institut international du
théâtre, a des raisons d’être
fier.
En marge des spectacles, les jardins
du Goethe Institut se
sont ouverts au colloque que coordonne la princesse Rabiatou Njoya, et
dont le
thème est “ Théâtre
camerounais : bilan et perspectives ”. Artistes,
dramaturges, metteurs en scène, critiques de
théâtre, régisseurs et promoteurs
se sont penchés sur les entraves et les
difficultés qui gangrènent cet art
vivant de la scène et obstruent la reconquête de
sa gloire d’antan. En plus des
spectacles, des expositions de photos sur un demi-siècle de
théâtre
camerounais, le stage atelier, sur la gestion administrative
d’une compagnie
artistique, qu’animent Vincent Koala du Burkina Faso et
Michel Chekoua du
Cameroun à la galerie Afri’créa,
permettent d ‘apprécier les efforts entrepris
par Malet Mal Jam, ce féru des arts qui a réussi
à ériger un espace
d’expression culturelle convenable.
Village du
festival
C’est la grande innovation
de cette
édition. En plus de la
place de choix qui est accordée ici à
l’art
culinaire camerounais, relooké et
paré aux couleurs des grandes fêtes africaines, le
village
du festival qui est
le lieu de diffusion de toutes les informations concernant le festival,
constitue aussi la principale attraction des Retic 2005. Se tiennent
ici, des
espaces carrefours à travers lesquels on note un brassage
entre
les metteurs en
scène et les comédiens, et les rencontres
professionnelles. Le public qui prend
rendez-vous avec de grands hommes de culture, des acheteurs de
spectacles et
des programmateurs de festivals qui ont fait le déplacement
de
Yaoundé, a la
possibilité de discuter ou de se forger un espace dans
l’agenda des directeurs
de festival. Manouh Yablaih, le directeur du Masa, Germaine Ololo,
l’Ivoirienne
directrice du festival internationale d’expression
féminine, Vangdar Dorsouman,
le directeur du festival international d’arts dramatiques et
plastiques pour
l’union et la paix ; Gunter Beelitz, directeur du
théâtre de Heidelberg en
Allemangne ; Leonardo Gazzola, le directeur de l’Altro
festival
de Milan en
Italie et bien d’autres. Le rapprochement qui est fait ici
entre
le théâtre et
le public, peut déjà être
considéré
comme le 1er succès de cette édition.
Après
la grande sortie mardi du Nigérien de la compagnie
Arène
théâtre avec sa
prestation, “ Tiens bon Bonkano ”, “ Powe
” de
l’atelier Eyeno du Gabon, est
tout aussi attendu, le 24 novembre 2005, et permettra au festival de
tirer sa
révérence.
La déroute de l’homme imbu de
lui
Centre culturel français
de Yaoundé ce 20 novembre 2005. Il
est 20 h. Le public qui est invité à prendre
place dans la salle de spectacle
ou doit se produire la compagnie “ Les sardines ”
venue de Guinée (Conakry)
pour cette 14è édition des Retic, constate la
présence d’une dizaine d’acteurs
en train de s’échauffer sur scène, tels
des footballeurs qui s’apprêtent à
entrer sur l’air de jeu. Une musique
exécutée sur la scène rythme leurs
faits et
gestes au point où l’on en est à se
poser des questions sur cette entrée
scénique tout a fait particulière. Tous ces
mouvements prennent une bonne
quinzaine de minutes, le temps que le calme vienne au sein du public
qui
tardait quelque peu à s’installer dans la salle.
Et soudain les lumières
s’éteignent, puis se rallument pour laisser place
à un décor large et plat,
disons plutôt volontairement dépouillé,
avec de côté, deux musiciens jouant
respectivement du Djembé et du balafon. La musique est
particulière animée, et
le passage rapide de trois jeunes femmes dansant avec des gestes
à la fois
amples et larges marque alors l’introduction de
l’histoire du “ Wouroukoutou ”
que vient signifier quelques secondes après au public, un
narrateur à la
diction impressionnante.
Nous sommes là dans
l’univers de l’empire Mandingue du
vénérable Soundiata Keita. Dans ce mandingue
traditionnel, Safrin, jeune
guerrier intrépide et redoutable se voulant le prolongement
de son ancêtre
Mô-Souba (l’homme sorcier) descendu du ciel sur une
échelle d’or, lance le défi
de livrer et gagner 7 combats au Wouroukoutou, lieu où
s’effectue la danse des
hommes forts. L’enjeu de ce duel à la cravache,
communément appelé Doudoumba
est la belle et splendide Fanta, sa fiancée à qui
il compte dédier ses 7
combats. Les 6 premiers combats ont eu l’allure
d’une simple formalité, Safrin
étant sorti à chaque fois vainqueur. Il va ainsi
s’enorgueillir au point de se
croire invincible. Imbu de lui-même et méprisant
pour tous les hommes du
royaume, il n’entendra pas les supplications de sa
fiancée qui le priait
d’arrêter cette vantardise de sa toute puissance
physique, pour enfin décider à
l’épouser. Ce défi
démesuré va blesser dans sa fierté
Karinkan Keita, fils de
la lignée de Soundiata, père fondateur de
l’empire Mandingue, qui décide de
l’affronter. Le combat est
déchaîné et la fiancée Fanta
en est l’arbitre, bien
que convaincue que Safrin, son bien-aimé en sortirait
vainqueur. Hélas ! Safrin
l’orgueilleux fiancé imbu de lui-même
sera vaincu et son tombeur lui évitera la
mort ; Il lui fera tout simplement la morale d’être
désormais humble quels que
soient la puissance et le pouvoir qu’il détient.
Un salmigondi
aux effets…
harmonieux
Cette formidable histoire qui peut
faire méditer, et que
l’on peut transposer dans nos sociétés
africaines contemporaines a été
restituée sur scène par une mise en
scène de Ansoumane Djéssira Condé. De
toute
la vitalité scénique des comédiens, de
même que de leur enthousiasme on
retiendra surtout la bonne direction des acteurs qui leur a permis de
se
montrer généreux dans leur jeu, et de captiver
l’attention du public de manière
continue. La forme choisie était à cheval entre
l’opéra africain avec
l’intégration organique de plusieurs formes
d’expressions artistiques du genre
: musique, chant, danse, texte, acrobatie, manipulation
d’objets, et d’autre
part le conte théâtralisé sans en
abuser. Dans la tradition mandingue, la
musique telle qu’elle a été
jouée sur scène exprime la virilité
des duels et
puise ses mélodies dans le rythme doudoumba, sofa et soli,
accompagnées par des
instruments de musique comme le doundoun, le
sègbè, le balafon, et le djembé.
Les crépitements de djembé, et les soufflements
des autres instruments laissent
voir des danses très variées, pleines de
grâces et de finesse chez les
charmantes femmes, et pleines de virilité chez les rigoureux
hommes. La
souplesse qui définit les jeunes combattants mandingues se
vérifie par les
acrobaties illustrées en séquences. Techniquement
ce spectacle n’a pas vraiment
de déchets. Le choix des lumières
apparaît judicieux en ce sens qu’il met le
spectateur dans la même tension que les acteurs qui sont sur
scène, jusqu’à
épuisement. On peut néanmoins critiquer le choix
du metteur en scène qui a
préféré au début de la
création de commencer l’histoire en
présentant son
issue. Mais comme il s’agit d’un choix dans une
création artistique, peut-on
vraiment s’y attarder ?
Bravo donc à la compagnie
“ Les sardines ” de Guinée
Conakry, qui montre et démontre à travers cette
création que le théâtre
africain, bien que (injustement) tancé par certaines
critiques occidentaux qui
n’apprécient pas toujours les choix
thématiques liés à
l’oralité, est dense
lorsqu’il part de la profondeur de la culture propre
à cette terre d’Afrique.
La preuve est là : on vient d’apprendre
à travers cette épopée mise en
scène
que toute position de puissance et de pouvoir requiert une certaine
modestie et
humilité.

[
Il n’y aura pas eu que les spectacles, au cours des Retic de
cette année, même si ce volet de
l’événement annuel reste l’un
des plus visibles. Cela dit, chaque représentation
donnée, chaque pièce à laquelle on
assiste est, en quelque sorte, un produit fini, derrière
lequel il y a un travail de fond, l’œuvre
d’une troupe, qui ne se manage pas n’importe
comment. La gestion administrative et financière
d’une compagnie artistique a ainsi été
l’objet d’un atelier de plusieurs jours, ouvert
à une trentaine d’opérateurs culturels
(en théâtre, certes, mais aussi en danse et en
musique). Un accent particulier a été mis sur la
comptabilité. En dehors des planches toujours, un forum des
jeunes praticiens du théâtre a figuré
au menu des Retic 2005. Animée par le Belge Van der Belen
— président du Comité international des
jeunes praticiens de théâtre, organisation
regroupant 90 pays), cette activité montre, à en
croire un des responsables du festival, l’importance
accordée aux talents émergents — ou
à forger — dans le métier.
Et puis, il y a eu le show proprement dit. En tout une dizaine de
spectacles programmés, venant de treize pays
d’Afrique et d’Europe (Belgique, Gabon,
Guinée Conakry, Niger, République
démocratique du Congo, etc.) pour le bonheur d’un
public que le comité d’organisation estime tout de
même " légèrement "
inférieur à celui de l’année
dernière. " Mais l’important c’est
qu’il y ait eu des spectacles dignes
d’intérêt ", estime Ambroise Mbia, le
président du comité d’organisation des
Retic. Le même explique que par ailleurs,
l’événement s’adresse aussi
aux hommes de théâtre camerounais, auxquels on
présente comment les choses se font sous d’autres
cieux. Et eux, " ils ont répondu présent ". Les
Retic ont en outre ce qu’Ambroise Mbia appelle " les
habitués ". Sans faire salle comble tous les soirs, les
comédiens ont quand même eu la "
réplique " du public, que ce soit à
Yaoundé, Soa, Mfou ou Akono — localités
où des spectacles ont été
donnés.
Au moment de baisser le rideau, on dresse
généralement le bilan : " Comme toujours,
c’est pour nous un grand moment : vivre sept jours ensemble,
parler le même langage, regarder dans la même
direction. Ce sont des retrouvailles entre gens passionnés
par cet art ", a confié hier à CT un Ambroise
Mbia visiblement fatigué et heureux à la fois. "
Je suis satisfait de la qualité des spectacles que nous
avons eus, et de l’ambiance qui a prévalu tout au
long des Retic (…) Je remercie le ministre d’Etat,
ministre de la Culture, pour le soutien pluriel qu’il nous a
apporté, ainsi que les différents partenaires qui
nous ont soutenus ". A
la prochaine.
CULTURE | 25 Nov
2005
Alfred Dogbe, de la compagnie Arène Théâtre du Niger, a quand même quelques
problèmes avec ce service: «Il faut des améliorations au niveau de
l'hébergement. Les Retic peuvent être plus exigeantes avec l'hôtelier.» Corine
Josiane Kameni, comédienne du Green Théâtre de Douala n'est pas loin de penser
la même chose: «Il faut mettre un peu plus d'accent sur la nutrition. Notre
cuisine doit aussi être valorisée», affirme-t-elle.
Dans le petit espace consacré au village du festival, Ambroise Mbia, le
président, va et vient. Il dit un petit mot par-ci, lance une blague par-là,
s'entretient avec les différentes personnes présentes. «Le président n'est
jamais fatigué d'être avec les artistes. Nous sommes ensemble à tout moment. Il
nous traite comme ses enfants», avoue Richard Malebada, un comédien de la la
compagnie Les conteurs de tout, de la République centrafricaine.
Pour l'Italien Leonardo Gazzola, metteur en scène, c'est cette ambiance
conviviale, cette chaleur entre les différents participants qui l'a frappé lors
de cette édition des Retic, la première à laquelle il participe. Il affirme:
«J'ai été formé au Cameroun, actuellement je vis en Italie et je remarque que
les festivals en Afrique sont beaucoup plus intéressants du fait que les
compagnies qui viennent des différents pays échangent leurs expériences. La
chose que j'apprécie le plus, c'est cette atmosphère d'échanges qui n'existe
pas dans les festivals en Europe.»
Autour d'une table, le metteur en scène italien bavarde avec des compatriotes,
présents également dans le cadre des Retic. Ils ont acheté quelques disques,
parmi lesquels on peut reconnaître un d'Henri Dikongué et un autre de Tiken Jah
Fakoly. Questions de garder quelques souvenirs mélodieux du séjour yaoundéen.
Dans leurs oreilles d'ailleurs, la musique de Ntoumba, le chanteur camerounais,
passe en boucle. Pour l'instant, on n'est pas vraiment dans le théâtre. On est
sur un tout autre théâtre, celui des contacts humains. Alfred Dogbe, qui vient
de l'Afrique de l'Ouest, pense d'ailleurs que ce festival est le meilleur moyen
d'entrer en contact avec le théâtre d'Afrique centrale. Il a apprécié les
spectacles présentés au cours de cette quatorzième édition et il a surtout
retenu la diversité de la création camerounaise: quatre pièces proposées,
quatre orientations différentes.
La plupart des avis donnés sur la qualité de la programmation sont positifs.
Corine Josiane Kameni insiste pour tirer un coup de chapeau à l'organisation.
Valérie Ndongo qui en fait partie se réjouit du fait que, cette année, les
spectacles ne se sont pas limités à la salle du Centre culturel français et sont
même allés hors de la ville de Yaoundé (Soa, Akono, Mfou). Une façon peut-être
de réconcilier le public avec le théâtre, qui de l'avis de Leonardo Gazzola va
se réveiller en Afrique après le coup subit à cause de l'arrivée de la
télévision.
Quant à Ambroise Mbia, il parle d'argent: «Nous mettons un point d'honneur à
payer les cachets des artistes». Une recette certainement pour la réussite des
festivals, que Germaine Ololo aura retenue. Elle est coordonnatrice du Festival
international d'expression féminine qui se tient tous les deux ans à
Pointe-Noire en République du Congo, son pays. «Ce qui se fait est louable.
C'est une occasion d'apprendre», lance-t-elle.
Le village se vide progressivement. Les gens se dirigent vers d'autres scènes.
On parle surtout de l'institut Goethe où le stage sur l'administration des
compagnies de théâtre se déroule. A 19h, il faudra revenir pour la dernière
séance d'animation au village du festival, en attendant le spectacle de
clôture, Powe, de l'Atelier Eyeno du Gabon. Et le rideau sera tombé
définitivement sur la 14e édition des Retic. «Dès demain, on commence la
préparation de la 15e que nous voulons mettre à un niveau très élevé.», déclare
Valérie Ndongo.
J.R.N.