Les RETIC 2001 vues par les journalistes

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La 10e édition des Rencontres Théâtrales Internationales du Cameroun s'est déroulée du  2 au 8 novembre 2001 à Yaoundé.

Plusieurs manifestations ont marqué cette édition. On retiendra, en dehors des représentations théâtrales, l'émouvante cérémonie au cours de laquelle, le doyen des dramaturges africains, Bernard B. Dadié de Côte d'Ivoire, a reçu la Couronne d'Ébène du théâtre, la distinction la plus élevée des RETIC. Des Hommages ont été  rendus à:

  1. Thomas Manou Yablah, Directeur général du Marché des Arts du Spectacle Africain (MASA)
  2. Séverin-Cécil Abéga, Dramaturge camerounais
  3. Patrice Ndedi Penda, Dramaturge camerounais
  4. Adama Traoré, Directeur du Festival International du Théâtre des Réalités de Bamako (Mali)
  5. Alougbine Dine, Directeur du Festival International du Théâtre du Bénin
  6. Daniel Ndo, Comédien camerounais

Bilan

Le théâtre se fait une scène

 La 10è édition a aiguisé les appétits. Le public attend la 11è avec espoir de la voir plus réussie.

 «  Je suis à ma cinquième participation aux Retic. J’y suis venu deux fois comme comédien, une fois comme spectateur, et cette fois comme journaliste. Et j’avoue que les Retic de cette année n’ont rien à voir avec les autres éditions que j’ai vécues. Il n’y a pas copie ». Propos flatteur ? Non. Luc Mamba , journaliste à Radio Venus, une FM de Yaoundé, n’a aucune raison de l’être. Son avis est celui de quelqu’un qui a suivi les Retic de très près. Il n’est d’ailleurs pas seul à partager ce point de vue. Manou Yablaith, Directeur général du MASA déclarera aussi « l’organisation de cette année est une réussite ».

 Côté spectacles, tout a été au point, la plupart des troupes invités étaient effectivement à Yaoundé. Les représentations se sont tenues pour la plupart au Centre culturel français, une salle de spectacle qui offre le minimum de confort pour les représentations. On est loin du Centre culturel camerounais ou la scène était mal tenue et la salle inconfortable.

 Le public a apprécié les nouveaux lieux de spectacle. Ils étaient plus nombreux que les années antérieures, mais le nombre a évolué en dents de scie. Cette année, une cour assidue a été faite au public. Une communication ciblée ayant pris d’assaut toutes les FM du pays : Magic FM, Radio Siantou, Radio Venus, des affiches ont habillées les murs de la ville de Yaoundé. Des billets d’invitation distribués pour permettre au public de vivre tous les spectacles de la 10è édition des Retic.

 Mais il y a eu quelques grincements de dents. Tous les cachets n’ont pas pu être payés. Les troupes camerounaises sont celles qui en souffrent le pluss. « L’Association française d’action culturelle et artistique(Afaa), qui devait prendre en charge le déplacement de la compagnie Kabako, nous dit, oui nous sommes d’accord mais préfinancez. Ce sont des choses qu’ils nous faut régler maintenant » se défend pour s’en excuser, Ambroise Mbia, le Président des Retic. De plus, sur les 40 millions de financements des Retic seuls 23  millions étaient effectivement disponibles pour la tenue de l'événement.

 Des déficits budgétaires qui n’ont pas été sans conséquences. Le festival n’a pas eu de village. Toutes les animations prévus à partir de 22 heures chaque soir n’ont pas eu lieu. C’est finalement le CCF qui a tout accueilli, partageant les spectacles avec le Goethe Institut quand la météo le permettait, et accueillant les « espace-carrefours » et les « rencontres avec » les personnalités invités.

 Mais tout ceci ne peut faire perdre de vue qu’on a assisté aux Retic les plus professionnelles que les organisateurs aient offertes au public depuis 10 ans. La qualité des troupes invitées et des spectacles elle même était assurée.

 Le public espère que ce succès n’est pas seulement la cerise d’un 10è anniversaire, et donc qu’en 2002, le théâtre gagnera encore plus de terrain.

 Béatrice Bonny


L’Acte 10 en hommage

 

Dix ans déjà que le festival se tient. Le théâtre a récompensé un de ses pères en Afrique , Bernard B. Dadié.

 Couronne d’ébène sur cheveux blancs, parterre de personnalités et hommes de culture; l’Excellence se faisait Majesté à l’occasion de la 10è édition des Retic. Bernard Dadié, dramaturge de renom et ancien Ministre ivoirien de la Culture, a reçu une énième distinction. Une couronne en bois d’ébène lui a été décernée par le comité d’organisation des Retic le 04 novembre dernier. C’est le Recteur de l’Université de Yaoundé I, Jean Tabi Manga qui a eu l'honneur et le plaisir de remettre cette distinction symbolique à Bernard Dadié.

 B DadieCelui que la jeunesse camerounaise des années 60 à 80 a découvert au travers des manuels scolaires était  le Président d’honneur des Retic. Pour l’an 10, cet événement culturel a voulu marquer un point : inviter une personnalité de la culture africaine, une personnalité qui a influencé le théâtre dans le continent.

 On regrette que Bernard Dadié n’ait pas pu tutoyer ce que le Cameroun a d’important dans le domaine de la littérature. Mongo Beti, parti très tôt ( décédé le 07 octobre 2001) a manqué à plusieurs détours. Il est contemporain de Bernard Dadié, quoique appartenant à une génération plus jeune. Les deux écrivains restent proches par une production littéraire qui a gêné des systèmes. Elle a valu à l’un l’emprisonnement et à l’autre l’exil.

 Il restait encore Ferdinand-Léopold Oyono. Ecrivain lui aussi, et actuellement Ministre de la Culture. Mais il a réussi à se faire représenter. Invité en sa qualité de Ministre et de parrain des Retic, à la cérémonie d’ouverture le 02 novembre, personne n’aurait pensé qu’il se fera indisponible. Il commençait pourtant à prendre lentement l’habitude des manifestations culturelles.

 Après plus d’une heure d’attente, la cérémonie d’ouverture a commencé en présence du conseiller technique du ministère de la Culture. Pour Bernard Dadié, il restait clair « qu’au théâtre on peut remplacer un comédien absent »

 Heureusement les comédiens, les vrais, ceux qui régalent le public de Yaoundé de leurs prestations étaient là. Ils venaient d’une quinzaine de pays d’Afrique, d’Europe et des Amériques. C’est d’ailleurs à ce dernier au continent américain qu’il est revenu d’ouvrir, coté spectacles la 10è édition des Retic. « Hommages » de Mark Tompkins a été jouée le 02 novembre au Centre culturel français. Un spectacle de danse contemporaine réunissant sur la même scène Joséphine Baker, Harry Sheppard, Nijinski et Valeska Gert. Tous des artistes qui ont marqué Tompkins, talentueux pédagogue de la danse. Un spectacle haut en effets lumineux et en costumes. Mais un spectacle qui laissait un goût d’inachevé tant Mark Tompkins a laissé le coté pédagogique prendre le dessus.

 La femme et le colonel, pièce du Congolais Emmanuel Dongala mise en scène par Eric Mampouya a séduit. Au delà de l’histoire qui porte sur la guerre et ses atrocités notamment le viol et les traumatismes, les comédiens ont fait preuve d’un talent et d’une bonne maîtrise de la scène.  La compagnie Sahre du Cameroun a bousculé le classique de Roméo et Juliette pour proposer une version originalement tropicalisée de la pièce de William Shakespeare. Vérone devenait Yelwa (localité du Nord du Cameroun)

 Les Retic ont tiré les rideaux sur leur 10è prestation le 08 novembre dernier. Le festival, dont l’ambition est depuis quelques années de s’étendre à d’autres villes du Cameroun, s’est une fois de plus réduit à Yaoundé. « Nous n’avons pas pu coordonner cela avec nos représentants des villes de Douala et Buéa » éclaire Ambroise Mbia, Président des Retic. Nombre de directeurs de festivals et directeurs de structures étaient là pour apprécier le talent et permettre la circulation des spectacles en Afrique et dans le monde.

 Béatrice Bonny



Les spectacles

Roméo et Juliette

Un tableau exotique

Adapté et mis en scène par Philippe Car, la version camerounisée de Roméo et Juliette, montée et présentée par le Sahre théâtre est un spectacle hybride. Une création où l’on va rarement au bout de ses options. Une bonne raison pour ne pas rallier notre suffrage.

Pourvu d’une allure de Saga, Roméo et Juliette du français Philippe Car irrite par son aspect exotique et parfois superficiel. Sa kyrielle de figurants, de comédiens, danseurs, chanteurs, musiciens en font certes une entité très colorée. Avec ses costumes et son chatoyé, son souci d’économie de moyens, d’espace avec un escabeau sur lequel sont accrochés tous les accessoires nécessaires, le spectacle nous rappelle les Paheo dans « En attendant le vote des bêtes sauvages ». Efficacité et concision en moins. Car cette adaptation de l’œuvre de Shakespeare ne connaît pas beaucoup de bonheur le long de ses deux heures de durée. Cette belle histoire d’amour au dénouement tragique traîne en longueur.

Conté et régenté par un griot (Yaya Mbile Bitang) dynamique et doté d’une vitalité certaine mais par trop fébrile et présente et écartelée entre son aspect narratif, à la limite descriptif et sa volonté d’être « joué ». La démarche se fait linéaire et peu convaincante. La transposition des contextes elle-même éprouve bien des ennuis à se faire. On entraperçoit à peine l’univers et le climat de Ngaoundéré. Les chants, les séquences chorégraphiques ont beau signaler leur présence, ils restent sans influence ou implication véritable dans la qualité du spectacle.Les quelques arguments, telles la gestion des accessoires, la réalisation du décor par le corps des comédiens, la beauté candide de Juliette (Deneuve Djobong), la bonne volonté de toute l’équipe, sont desservis par le manque de sincérité apparent du spectacle. Sa configuration ressemble à une superposition des genres, de styles qui finissent par gêner. Un peu à l’image de la plupart des créations qui ne disposent guère d’assez de temps pour générer la cohérence, la cohésion et les équilibres.Inhérente à toute réussite artistique, le rythme en prend un coup. L’exubérance qui parcourt les performances des uns ajoutée à la disponibilité des autres ne pèse plus tout à fait sur la balance.

Une fois que l’on est sorti de la salle, il est perceptible que cette tragi-comédie possède des arguments pour offrir un résultat autre.Un travail de recherche méthodique et fouillé aurait proposé un griot plus profond, mieux pensé et partant plus efficace et servi avec du bonheur. Le reste aurait donc rallié nos suffrages parce que doté de justesse et de réussite.

Guy Olama


Coup de Vieux

L’intello dérègle et dérange

« Formidable ! Impeccable ! Du travail fouillé ! » telles ont été les quelques impressions recueillies au sortir de la représentation théâtrale du 06 novembre dernier. Ce spectacle, tiré d’un texte de Sony Labou Tansi, a captivé le public. Dramaturge congolais, Sony Labou Tansi s’est toujours fait remarquer par des œuvres pertinentes et Coup de vieux ne s’en éloigne pas. La vision critique de la société du dramaturge congolais a encore mis le public devant sa propre conscience traduite par une mise en scène brillante.

Coup de vieux, un excellent spectacle en somme, est destiné à conquérir des scènes. Cette histoire d’un intellectuel qui passe la majeure partie de son temps à collectionner des diplômes devant lui donner une place enviable dans la société, se butte malencontreusement à une injustice sociale. Cette injustice l’entraîne dans une descente aux enfers. Afin d’échapper au mal qui le ronge et d’éviter de l’affronter, il a trouvé l’alcool. Il s’ aperçoit vite que l’alcool est le meilleur moyen et son élixir lui fait prendre un « Coup de vieux ». Il frôle la folie. Loin de le précipiter dans le néant, cet état déplorable lui donne paradoxalement la capacité d’être un moraliste qui, à des moments de lucidité, décrit des faits immoraux érigés en valeur par les hommes, et sert en exemple son oncle Dofano lancé dans un art pacotille. L’intello devenu « résidu humain » dénonce l’égocentrisme, l’opulence et maintes autres tares de la société. Coup de vieux interpelle aussi le spectateur sur le respect de la paix et l’importance de préserver l’homme dans une mouvance de développement. Ceci pour créer un environnement viable.

Atheca (Dofano) a offert un beau spectacle. On trouve peu à redire dans l’occupation de la scène par les comédiens. Le décor fourni respectant l’esprit du texte adapté n’a fait que contribuer à l’éclat du spectacle. De bout en bout, les répliques vivantes et parfois denses ont incité le public à communiquer avec la scène. Quoique rare, l’alternance entre le rire et les silences, a permis un accueil plus favorable de la représentation théâtrale.

Coup de vieux force notre admiration tant le phénomène qu’il étale ne tend qu’à se perpétuer alors qu’il doit inciter toute conscience pour une issue au profit de tous. La pièce gagnerait une plus value en rectifiant les quelques failles notées au cours de la représentation.

Thomas Kossi


La femme et le colonel

Un spectacle aux enjeux socio-politiques significatifs

Ils parlent comme ils jouent, avec des gestes amples, une emphase théâtrale, un empressement artistique, fougueux, enflammés, excessifs. Exactement comme le dit Tchékov dans sa pièce Oncle Vania « Ils m’assomment. Ils ne voient pas plus loin que le bout de leur nez. Des imbéciles purement et simplement ! Et ceux qui sont un peu plus intelligents et qui pourraient avoir un peu plus d’envergure, ils seront hystériques, obsédés par l’analyse, le conditionnement… »

 La femme et le colonel se révèle comme étant une sorte d’interpellation, d’interrogation sur le destin d’un peuple, sur le devenir des sociétés humaines. Cette pièce écrite par l’écrivain congolais Emmanuel Dongala, mise en scène par son compatriote Eric Mampouya et interprété par le Théâtre de l’Imaginaire, avec à l’affiche une talentueuse comédienne béninoise Florice Adjanohoun.

Le véhicule qui transporte un jeune colonel, plein d’énergie craque. Ni lui, ni son garde du corps-chauffeur n’arrive à trouver l’origine de la panne. C’est ainsi qu’il va faire irruption chez une femme habitant le coin. Le spectacle suscite une émotion vive et une joie non fataliste, car il n’échappe pas aux futilités et fatalités de la vie humaine faite d’injustices sociales de guerre, de discrimination. Mais il évoque également les grands enjeux socio-politiques actuels avec toute la problématique du reflet identitaire.

Ironie de l’histoire, la femme qui se trouve en face du colonel n’est autre que celle qu’il avait violée et dont il avait fauchée l’enfant de 10 ans. Le jeune colonel, parachuté par un décret présidentiel, à titre exceptionnel, n’a plus le souvenir du passé. Un passé fait d’embûches certes, mais qui lui a permis de se taper une place admirable au soleil.

Rire jaune ou fou rire du public, en tout cas, le spectacle jette un profond regard sur l’angoisse, la peur et la torpeur qui anime l’être féminin vivant dans une société où les bruits de bottes se font fréquents ; où les uns et les autres vont à la quête d’un trésor : le pouvoir. « J’ai vu chez nous lors de notre guerre civile des femmes aux visages tordus de haine… », se souvient douloureusement la femme.

La guerre étant du drame, l’écriture douce et piquante de Dongala est considérée comme une véritable quête de liberté authentique. Une liberté libérée de tous les interdits socio-politiques. La scène se passe partout, le acteurs, héros d’une histoire, sont donc de nulle part. Car même si Eric Mampouya utilise certains artifices ou expressions tels Kala Kala, Kele Kele, cela ne change en rien le caractère universel de la pièce. « Il n’ y a pas un public cible pour ce spectacle ni un message particulier, d’autant que ce qu’on dit n’est pas seulement vécu en Afrique mais partout ailleurs » , explique Eric, comédien et metteur en scène de la pièce.

La pièce est certes vivace mais renvoie à des vérités profondes et universelles. Elle se paie le luxe de descendre le célèbre colonel. Quoique confus et scandalisé, la femme n’hésite pas à lui lancer « Excusez moi…vous avez tué, violé, pillé pour nous sauver… ». Quelque peu essoufflé et visiblement acculé, le colonel se sentira plus soulagée lorsqu’il verra revenir son chauffeur Arthur Vebatulemi. Ce dernier se marrera de la mésaventure de son maître trouvant dans son altercation avec la femme des véritables raisons de s’esclaffer.

Cependant, au-delà de tous les succès réalisés par les trois comédiens sur la scène, il faut relever quelques imperfections dans la mise en scène. On a constaté quelques problèmes de rythme. Les mouvements de la femme et du colonel étaient parfois gauches et pas inspirés.

Patrick Bakwa


Hommages 

Hommage à la danse

Mark Tompkins, danseur contemporain d’origine américaine a levé les rideaux sur la 10è édition des Retic.  Hommages , une chorégraphie représentant quatre artistes qui l’ont inspirée, a été présentée au Centre culturel français de Yaoundé le 02 novembre 2001.

La scène s’éclaire sur un rideau qui laisse apparaître une tête inerte. Mais elle ne le restera pas longtemps car d’un mouvement habile, un corps rampe sur la scène de bois. Devant le public se présente un personnage vêtu d’un bel ensemble aux couleurs chatoyantes. Puis d’un jeu sans retenu, de par et d’autre du rideau, une danse frénétique s’en suit: « le danseur qui a le diable au corps » se déchaîne. Mark Tompkins, danseur contemporain, est en pleine représentation de  Hommages. Ce spectacle célèbre des stars qui inspirent Mark Tompkins. Quatre solos très significatif le résument.

Le premier est dédié au héros légendaire du ballet russe de Diagilev Vaslav Nijinski. Ce spectacle parfois osé a réussi à faire réagir les spectateurs. Les réactions tel « Ça se rapproche déjà du strip-tease ! » étaient lancées dans la salle. Le supplice grandissait au fur et à mesure que les vêtements de Mark Tompkins s’envolaient et échouaient sur le sol. Dans son deuxième solo, Tompkins réussit à associer chant et danse dans un décor paradisiaque pour incarner la danseuse allemande Valeska Gert. Le danseur prend ensuite la peau de Joséphine Baker, chanteuse et danseuse américaine qui a séduit le public parisien des années 1920. Le dernier solo « Witness », un geste d’adieu à un ami disparu en l’occurrence au danseur Harry W. Sheppard permet au public de se défouler totalement. Des sifflements et des applaudissements envahissent la salle.

Grâce à la maestria du danseur faussement pudique, au regard fondant, l’hommage à ces quatre personnages a captivé le public camerounais venu nombreux au Centre culturel français. Le public a donc été de la partie. Une spectatrice confie : « Je ressentais en moi qu’il y avait quelque chose à transmettre même si je n’y comprenais rien. J’ai tout de même pris plaisir au spectacle. »

Malgré la beauté du spectacle, on recherche le message que véhicule Hommages. Pour Gislain Merrat, le Directeur du Centre culturel français de Yaoundé, « il faut arrêter de prouver que l’art a un message, l’art n’a pas de message ». Ce point de vue est soutenu par les jeunes danseurs congolais et camerounais. Ebénézer de la compagnie Phénix, perçoit le spectacle de Tompkins comme un genre différent, très spirituel, dont il a beaucoup appris. Il apprécie le courage de l’acteur qui joue en solo et parvient à occuper toute une scène.s

Spirituel ou pas, Mark Tompkins n’en a rien à faire, car pour lui, la création des danses en rapport avec les artistes l’ayant inspiré et la transmission de son expression aux spectateurs étaient l’essentiel de son œuvre.

Sidonie Kafo


Les Petits anges 

Quand les petits anges s’habillent

Six heures de préparation pour 90mn de prestation. C’est le ratio établi par l’équipe du Theaterhaus pour la première yaoundéenne des Petits anges de Marco Baliani. Nous les avons suivis.

Tout commence à 12h par l’installation d’une affiche à l’entrée du Centre culturel français (CCF). Plus que la plaquette- programme officielle, elle fournit des informations pratiques sur le spectacle. On apprend que la pièce sera servie en deux langues (allemand-français) au cours des Retic 2001 et que sa mise en scène est l’œuvre de Frieder Schlaich. Nous tentons de joindre l’individu sus-nommé. En vain. L’Allemand n’a pas faitl e déplacement de Yaoundé. Pas plus que 7 autres membres du Theaterhaus restés à Stuttgart pour que les frais supportés par le groupe ne s’alourdissent pas.

Dans la salle de spectacle cependant, l’aménagement du plateau est lancé. La priorité est au réglage de l’éclairage. Brigitte Luik, administrateur de la troupe, installe le tube à brouillard pendant que trois techniciens du CCF démontent les projecteurs pour les disposer suivant les indications du réalisateur technique, Markus Gierl. Sur le podium, sont posés des calques bleus et rouges qui, plus tard, seront scotchés aux projecteurs pour créer la pénombre.

Derrière Ida Ouhe, occupée à défaire ses stresses, des jeunes spectateurs dorment. La comédienne ivoirienne explose de rage : « c’est un lieu de travail ici, il faut le respecter. C’est révoltant, méprisant à la limite, de voir les gens ronfler sur ces sièges »

13 h 30. Les premiers éléments physiques du décor arrivent.

Une vieille Toyota bleue livre deux podiums en bois. Sitôt installés, ils sont testés par Félix Kama. Le Camerounais marche, sautille, tape des pieds pour s’assurer de la solidité des planches. Il est suivi de Ida qui, face aux craquements diagnostique : « Félix, c’est dangereux ! ». Les pièces semblent avoir été assemblées dans la précipitation, entre samedi après midi et ce lundi matin.

KleinengelDes coups de marteau s’enchaînent interrompus par une volée de mots allemands traduits par Félix : « il faut que le plancher soit solide. Nous devons jouer et nous déplacer en toute sécurité. » Le staff de menuisiers s’affaire pendant que Brigitte place des foulards en plastique sur des plaques grillagées. Mus par trois ventilateurs légèrement décalés du champ éclairé, les bandeaux restitueront l’illusion d’un rideau poussée par le vent.

Markus est, depuis une poignée de minutes déjà, occupé à régler le son dans la cabine technique. Des mélodies irriguées de pureté et de douceur envahissent la sale. Félix, soudain s’immobilise. Il écoute, demande à Markus de mettre plus de basse ici, d’insérer des aigus là-bas. L’architecture musicale est l’œuvre de Peer Raben, compositeur allemand, auteur entre autres des bandes originales des films de Rainer Werner et de Ingrid Caven. La concentration des comédiens frise l’anxiété. Nous osons une question. La réponse fuse: « nous donnons un spectacle intimiste. Il n’est pas question de crier pour se faire entendre. Il faut donc que la musique en plus d’être juste, ne soit ni assourdissante, ni inaudible ».

16 h 00. Le plateau est quasi prêt, excepté quelques rideaux à placer sur le flanc latéral droit du podium. L’obscurité règne dans la salle. Brigitte Luik recommande aux responsables du CCF de ne permettre aucun mouvement de portes pendant le spectacle, par souci de préserver l’atmosphère de lumière tamisées créée.

17 h 00. Les costumes sont enfilés en coulisses. La salle est évacuée. D’avoir joué 127 fois Les petits anges  ne dispense pas Félix et Ida d’une répétition générale. Celle-ci se fait en deux temps :d’abord un rendu des textes puis, un filage consistant essentiellement en repérage du plateau et intégration de quelques codes aisément décryptages par le public camerounais. La gestuelle est adaptée au contexte local. Des mots, onomatopées et exclamations n langues nationales sont glissés dans les dialogues.

Des pas de Bikutsi s’ajoutent aux mouvements exprimant la joie des comédiens. Alors qu’ils effectuaient naguère un déplacement latéral, les bras s’élèvent désormais vers le plafond pour signifier les références du ciel. Cette contextualisation des codes ne risque t-elle pas de dénaturer le texte originale ? « Que non, répond Félix, nous tentons simplement de parfaire la symbiose avec notre public. N’oubliez pas que nous sommes au théâtre, pas au cinéma. Même si la trame de la pièce est immuable, dirigé par des comédiens dont l’un a l’avantage d’être camerounais et l’autre d’avoir déjà participé aux Retic ».

18 h 00. L’équipe du Theaterhaus est introuvable. Dans la salle , s’activent des techniciens de surface. Dehors, le public brûle d’impatience. Et même après avoir regardé l’histoire de ces deux chômeurs-rêveurs de paradis qui finissent par trouver le bonheur dans l’amour, il ne saura pas quand des pas de Bikutsi ont été ajoutés à la pièce allemande. Il ne comprendra pas pourquoi il lui a été proscrit des sorties et des entrées intempestives dans la salle. Il ne saura pas comment la mise en scène se révèle parfois harassante, comment six heures de labeur produisent 90 minutes de plaisir.

Heyndricks N. Bile


 Matitis 

La caricature universelle des bidonvilles

 MatitisLe spectacle de la troupe gabonaise les Utopies africaines est une balade dans la galère des « sous-quartiers ». La pièce « Les Matitis » était en représentation le 07 novembre au Centre Culturel Français de Yaoundé.

 Scène dépouillée, tenant en quelques seaux de peinture vides et autres récipients, voici les matitis, bidonvilles librevilloises, s’offrant au public de Yaoundé. Voici « l’univers en contreplaqué, en planche et en tôle des Matitis ».

 Maisons aux tôles en passoire, WC côtoyant cuisines et points d’eau, tas d’immondices. La description de ces endroits où le temps et la vie passent  sans laisser de trace s’apparente à tous les endroits paumés du monde. Les quartiers Briqueterie à Yaoundé et  Harlem à New York trouveraient ici plusieurs points communs. 

 Mais la fibre sensible est touchée chaque fois qu’il s’agit d’avenir et du devenir de la jeunesse. Les matitis du Gabon sont sans pitié: «les enfants comprennent très vite que la vie ne leur sera pas agréable », scandent les danseurs. Sans emploi, sans éducation, affamée et découragée, les populations sont abandonnées à elle. Elles restent en admiration devant les bébés Barthélemy (les blancs) qui eux vivent dans l’opulence.

 «Les Matitis » montre la division sociale des sociétés africaines, les femmes d’un coté , les hommes de l’autre. Les préoccupations alimentaires d’un foyer restent pour la femme et l’éducation pour l’homme. La pièce soulève la question xénophobe au Gabon mais montre bien que ce sont ces populations « venues chercher fortune » qui tiennent les petits métiers. 

La troupe gabonaise a été desservie par les échos de cette xénophobie. Arrivée au Cameroun sans visa, ses membres sont restés des heures à l’aéroport, embêtés par un responsable de l’immigration qui disaient vouloir leur faire « vivre ce que les Camerounais vivent chez eux ». Du coup l’univers galère des Matitis gagnaient les allées de l’aéroport de Douala.

 Béatrice Bonny 


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