LES ECHOS DES RETIC 1999

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Dans Cameroun Actualité de Iccnet...


 

RENCONTRES THEATRALES
L'âme errante de l'homme.

Le 17 novembre 1999



  Les Rencontres théâtrales internationales du Cameroun (Retic) se sont ouvertes hier 15 novembre. La soirée de gala marquant l'ouverture des rencontres a vu la représentation de la pièce "Negrerrances", du Béninois José Pliya. La pièce était interprétée par le Collectif des créateurs d'art dramatique du Cameroun (Cocrad).

Le décor était planté. Une estrade parsemée de feuilles mortes sur lesquelles reposaient un banc brinquebalant, deux balaies et une poubelle . ça c'était le côté le plus visible de la scène. Et elle était belle la scène, malgré qu'elle ait été plantée dans les salles du Yaoundé Hilton Hôtel, non adaptées aux spectacles. Sur cette estrade, deux comédiens de talent: Jacobin Yarro et Ali Mvondo, ont interprété au mieux "Negrerrances", la pièce écrite par le Béninois José Pliya.

Le spectacle démarre par un moment fort. Jacobin Yarro, balayeur, médite sut sa condition. Il en veut à tous ces passants qui l'ignorent et apprend à être indifférent à leur passage. Alors qu'il se bat à n'accorder de l'importance qu'à son travail de balayeur, il est tiré de sa torpeur par Nicolas, un passant égaré. L'homme est pressé. Il veut partir, résoudre un problème qui concerne son frère. Mais, il ne peut continuer sa route parce que perdu dans une ruelle d'une ville occidentale.

Là s'arrête la description, et la pièce verse dans la satire. Elle indexe ces nègres en errance dans les villes occidentales ; si éblouis par les lumières des pays étrangers qu'ils oublient ne pas être chez eux. "Negrerrances", dans une mise en scène du congolais Pascal Nzonzi, caricature si grossièrement le Noir que ce dernier finit par renoncer à la carapace dont il s'est vêtu.

Mais, il n'y a pas que Nicolas, jeune homme élégant, raffiné qui est en errance. Le balayeur est lui aussi concerné. A force de balayer, il a fini par oublier son nom, son pays d'origine et même ce qui fait l'essence de la vie…l'amour. La complexité du texte de José Pliya met en exergue le talent du metteur en scène et celui des comédiens. Car, au delà de la négritude égarée, José Pliya interpelle l'être humain. Il n'y a pas meilleur que l'homme pour refouler ce qu'il est et, adopter des comportements empruntés.

"Negrerrances" donne raison à ce philosophe qui affirmait que, "l'homme est un être inachevé". Dans le pas de deux présenté hier 15 novembre au public, Nicolas et le balayeur ont montré le vernis dont ils avaient recouvert leur vie. Leur peine a été vaine, puisqu'après s'être longtemps voilé les yeux, la réalité de leur existence inconfortable les a rattrapé. Comme David dans la poussière, ils ont expié leur péché, reconnu leur misère en s'aspergeant d'eau, dans une mini-piscine se trouvant sur la scène.

Le spectacle d'hier marquait la première représentation de "Negrerrances" à Yaoundé. Cette pièce montée en fin 1997, avait déjà été jouée à Ngaoundéré et, à Malabo en Guinée Equatoriale. Les comédiens ont tout simplement reconduit la mise en scène de M. Nzonzi. Bien que desservie par la salle qui renvoyait l'échos et, les lumières non variables, la technique a tenu bon. Les bruits du vent, les musiques ont été bien réalisés.

Béatrice Bonny

(C) ICCnet

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Dans le Journal Mutations...


19-Novembre-99 :  culture
Planches

Au théâtre des mauvaises rencontres

Par Serge Alain Godong

La huitième édition des Retic essaie de redorer son blason.

C’est une tradition vieille de huit ans qu’Ambroise Mbia se démène, avec les larges épaules d’un ancien docker du port de Douala, à remettre sur les planches de cette fin d’année culturelle au Cameroun. Une tradition vieille comme le temps de sa jeunesse, comme le temps où le théâtre représentait réellement quelque chose, quelque espoir, quelque plaisir. Le temps d’hier, lointain, oublié. Nostalgique. L’époque du Théâtre universitaire, l’épopée du Vieux nègre et la médaille, la saga de Trois prétendants… un mari. C’était aussi l’époque des Bidoung Mpkwatt, l’époque de l’émergence de quelques vedettes en formes de bourriques : Oncle Otsama, Jean-Miché Kankan, Massa Batre et quelques autres piètres clowns aux voix loufoques. Oui, c’était en effet le temps d’hier, le temps du Centre culturel camerounais plein comme un œuf, au moindre passage d’une troupe sur les pavés de la capitale. Le temps de l’enthousiasme, celui aussi des pires désillusions. Le temps des regrets.

Un temps vers lequel se dirige, tout émoustillé, le sieur Ambroise Mbia : carrure du Grand Blanc de Lambaréné, regard de matador, timbre reposé, costume six boutons à fines rayures, cravate en soie sauvage. Le bagout : "Nous pensons simplement qu’il est important de faire revivre cet événement dans toute sa plénitude, parce que le théâtre est un art qui a largement sa place dans notre environnement. C’est un art qui mérite d’être mis en valeur, autant que méritent de l’être, ses artistes. Nous pensons simplement, avec des rencontres, créer un canevas d’expression, aider les uns et les autres à connaître et à maîtriser les réseaux professionnels et, au bout du compte, parvenir à donner à nos comédiens, des échelles de comparaisons avec ceux d’autres pays, pour les aider à se performer et à devenir plus compétitifs".

Organisation

Un bagout généreux, interminable à 20h 30 sur les mauvaises chaises de l’entrée du Centre culturel camerounais. Un tête-à-tête. A l’extérieur de cette salle où se joue le Qu’est ce qui ne tourne pas rond ? de Punta Negra. Une troupe congolaise pour un spectacle de près d’une heure et demie. Trois lascars au top dans le ghetto qui se battent dans une pièce bâtie à l’absurde, à trouver le fil d’Ariane qui les mènera à une existence de meilleure envergure. Une problématique difficile à déceler et un public qui, très souvent, se chatouille sérieusement pour en arriver à la pleine hilarité. Une histoire sordide que le président du comité d’organisation des Rencontres théâtrales internationales du Cameroun ne prend pas la peine de la regarder. Il continue de parler.

"Nous avons tenu, cette année, à apporter un certain nombre d’innovations. Ce qui est le cas avec un groupe pygmée que nous avons fait venir de Ngambe-Tikar pour assurer l’animation permanente du village du festival. Par ailleurs, nous avons tenu à mettre un plus grand accent, pour cette fois, sur la formation, à la différence des années antérieures où on se concentrait davantage sur la réflexion. Vous avez donc un certain nombre de stages ateliers, des cours de mise en scène, de scénographie, et de tous ces autres aspects de l’art dramatique qui participent de la beauté et de la maîtrise de l’art théâtral". Ainsi donc, l’impressionnant déploiement dans l’espace et dans le temps observé dans la gestion de cet événement se justifierait par le souci d’ouvrir des horizons jusque là inexplorés à la tradition du théâtre camerounais. On comprendra alors pourquoi une exposition de livres placée dans la ligne de cette affaire a été organisée au Centre de lecture pilote de Yaoundé. On comprendra aussi pourquoi il est organisé pas mal de rencontres d’échanges et de causeries entre différents gens venus de divers endroits à l’Espace African Logik qui, pour ce fait, est devenu le village du festival. On comprend aussi pourquoi il y a tant de tables-rondes, de journées thématiques par pays, et d’autres petites pichenettes, pour définitivement réconcilier le cœur de cette manifestation, avec la grande tradition qui avait jusque là, il y a quelques années, été la sienne.

Ce qui ne nous empêche guère au demeurant de nous interroger franchement sur le sérieux du type que l’on appelle Ambroise Mbia. Lui qui, en quelques jours seulement du déroulement de son affaire, a déjà confondu nombre de spectateurs et d’invités attentifs avec ses programmations, ses déprogrammations et ses contre-programmations à l’emporte-pièce, avec ses retards à n’en plus finir, ses ateliers rarement tenus, ses conférences annulées, sa confusion sur le lieu des événements qu’il annonce, sa logistique hasardeuse sur la gestion des nombreux invités venus de partout, ses hôtels précaires et ses milles improvisations qui font finalement dire à beaucoup que les Rencontres théâtrales internationales du Cameroun participent de la pure hérésie organisationnelle. Un ton légèrement en dessus d’un certain festival que nous avons vu s’achever la semaine dernière à Yaoundé dans la confusion générale.

 
Les Retic 8ème édition

15-22 novembre 1999

Yaoundé, Douala, Buea 
10 pays participants
17 pièces
20 invités spéciaux
Spectacles : Centre culturel français, Hilton
Organisateur : Ambroise Mbia
A voir : Mal de mots
A hésiter : The convert
A écouter : Nicole Leclerq

(c)LE JOURNAL MUTATIONS 1999


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