|
|
Les
Rencontres théâtrales internationales du Cameroun (Retic) se sont
ouvertes hier 15 novembre. La soirée de gala marquant l'ouverture
des rencontres a vu la représentation de la pièce
"Negrerrances", du Béninois José Pliya. La pièce était
interprétée par le Collectif des créateurs d'art dramatique du
Cameroun (Cocrad).
Le décor était planté. Une
estrade parsemée de feuilles mortes sur lesquelles reposaient un
banc brinquebalant, deux balaies et une poubelle . ça c'était le
côté le plus visible de la scène. Et elle était belle la scène,
malgré qu'elle ait été plantée dans les salles du Yaoundé Hilton
Hôtel, non adaptées aux spectacles. Sur cette estrade, deux
comédiens de talent: Jacobin Yarro et Ali Mvondo, ont interprété au
mieux "Negrerrances", la pièce écrite par le Béninois José
Pliya.
Le spectacle démarre par un moment fort. Jacobin
Yarro, balayeur, médite sut sa condition. Il en veut à tous ces
passants qui l'ignorent et apprend à être indifférent à leur
passage. Alors qu'il se bat à n'accorder de l'importance qu'à son
travail de balayeur, il est tiré de sa torpeur par Nicolas, un
passant égaré. L'homme est pressé. Il veut partir, résoudre un
problème qui concerne son frère. Mais, il ne peut continuer sa route
parce que perdu dans une ruelle d'une ville occidentale.
Là
s'arrête la description, et la pièce verse dans la satire. Elle
indexe ces nègres en errance dans les villes occidentales ; si
éblouis par les lumières des pays étrangers qu'ils oublient ne pas
être chez eux. "Negrerrances", dans une mise en scène du
congolais Pascal Nzonzi, caricature si grossièrement le Noir que ce
dernier finit par renoncer à la carapace dont il s'est vêtu.
Mais, il n'y a pas que Nicolas, jeune homme élégant, raffiné
qui est en errance. Le balayeur est lui aussi concerné. A force de
balayer, il a fini par oublier son nom, son pays d'origine et même
ce qui fait l'essence de la vie…l'amour. La complexité du texte de
José Pliya met en exergue le talent du metteur en scène et celui des
comédiens. Car, au delà de la négritude égarée, José Pliya
interpelle l'être humain. Il n'y a pas meilleur que l'homme pour
refouler ce qu'il est et, adopter des comportements empruntés.
"Negrerrances" donne raison à ce philosophe qui
affirmait que, "l'homme est un être inachevé". Dans le pas de
deux présenté hier 15 novembre au public, Nicolas et le balayeur ont
montré le vernis dont ils avaient recouvert leur vie. Leur peine a
été vaine, puisqu'après s'être longtemps voilé les yeux, la réalité
de leur existence inconfortable les a rattrapé. Comme David dans la
poussière, ils ont expié leur péché, reconnu leur misère en
s'aspergeant d'eau, dans une mini-piscine se trouvant sur la scène.
Le spectacle d'hier marquait la première représentation de
"Negrerrances"
à Yaoundé. Cette pièce montée en fin 1997,
avait déjà été jouée à
Ngaoundéré et, à Malabo en Guinée
Equatoriale. Les comédiens ont tout simplement reconduit la mise
en scène de M. Nzonzi. Bien que desservie par la salle qui
renvoyait l'échos et, les lumières non variables, la
technique a tenu bon. Les bruits du vent, les musiques ont
été bien réalisés.
Béatrice
Bonny
(C) ICCnet
.Da
Dans le Journal Mutations...
19-Novembre-99
:
culture
Planches
Au théâtre des mauvaises rencontres
Par Serge Alain Godong
La huitième édition des Retic essaie de redorer son
blason.
C’est une tradition vieille de huit ans qu’Ambroise Mbia se
démène, avec les larges épaules d’un ancien docker du port de
Douala, à remettre sur les planches de cette fin d’année
culturelle au Cameroun. Une tradition vieille comme le temps de sa
jeunesse, comme le temps où le théâtre représentait réellement
quelque chose, quelque espoir, quelque plaisir. Le temps d’hier,
lointain, oublié. Nostalgique. L’époque du Théâtre
universitaire, l’épopée du Vieux nègre et la médaille,
la saga de Trois prétendants… un mari. C’était aussi l’époque
des Bidoung Mpkwatt, l’époque de l’émergence de quelques
vedettes en formes de bourriques : Oncle Otsama, Jean-Miché
Kankan, Massa Batre et quelques autres piètres clowns aux voix
loufoques. Oui, c’était en effet le temps d’hier, le temps du
Centre culturel camerounais plein comme un œuf, au moindre passage
d’une troupe sur les pavés de la capitale. Le temps de l’enthousiasme,
celui aussi des pires désillusions. Le temps des regrets.
Un temps vers lequel se dirige, tout émoustillé, le sieur
Ambroise Mbia : carrure du Grand Blanc de Lambaréné, regard
de matador, timbre reposé, costume six boutons à fines rayures,
cravate en soie sauvage. Le bagout : "Nous pensons
simplement qu’il est important de faire revivre cet événement
dans toute sa plénitude, parce que le théâtre est un art qui a
largement sa place dans notre environnement. C’est un art qui
mérite d’être mis en valeur, autant que méritent de l’être,
ses artistes. Nous pensons simplement, avec des rencontres, créer
un canevas d’expression, aider les uns et les autres à connaître
et à maîtriser les réseaux professionnels et, au bout du compte,
parvenir à donner à nos comédiens, des échelles de comparaisons
avec ceux d’autres pays, pour les aider à se performer et à
devenir plus compétitifs".
Organisation
Un bagout généreux, interminable à 20h 30 sur les mauvaises
chaises de l’entrée du Centre culturel camerounais. Un
tête-à-tête. A l’extérieur de cette salle où se joue le Qu’est
ce qui ne tourne pas rond ? de Punta Negra. Une troupe
congolaise pour un spectacle de près d’une heure et demie. Trois
lascars au top dans le ghetto qui se battent dans une pièce bâtie
à l’absurde, à trouver le fil d’Ariane qui les mènera à une
existence de meilleure envergure. Une problématique difficile à
déceler et un public qui, très souvent, se chatouille
sérieusement pour en arriver à la pleine hilarité. Une histoire
sordide que le président du comité d’organisation des Rencontres
théâtrales internationales du Cameroun ne prend pas la peine de la
regarder. Il continue de parler.
"Nous avons tenu, cette année, à apporter un certain
nombre d’innovations. Ce qui est le cas avec un groupe pygmée que
nous avons fait venir de Ngambe-Tikar pour assurer l’animation
permanente du village du festival. Par ailleurs, nous avons tenu à
mettre un plus grand accent, pour cette fois, sur la formation, à
la différence des années antérieures où on se concentrait
davantage sur la réflexion. Vous avez donc un certain nombre de
stages ateliers, des cours de mise en scène, de scénographie, et
de tous ces autres aspects de l’art dramatique qui participent de
la beauté et de la maîtrise de l’art théâtral". Ainsi
donc, l’impressionnant déploiement dans l’espace et dans le
temps observé dans la gestion de cet événement se justifierait
par le souci d’ouvrir des horizons jusque là inexplorés à la
tradition du théâtre camerounais. On comprendra alors pourquoi une
exposition de livres placée dans la ligne de cette affaire a été
organisée au Centre de lecture pilote de Yaoundé. On comprendra
aussi pourquoi il est organisé pas mal de rencontres d’échanges
et de causeries entre différents gens venus de divers endroits à l’Espace
African Logik qui, pour ce fait, est devenu le village du festival.
On comprend aussi pourquoi il y a tant de tables-rondes, de
journées thématiques par pays, et d’autres petites pichenettes,
pour définitivement réconcilier le cœur de cette manifestation,
avec la grande tradition qui avait jusque là, il y a quelques
années, été la sienne.
Ce qui ne nous empêche guère au demeurant de nous interroger
franchement sur le sérieux du type que l’on appelle Ambroise Mbia.
Lui qui, en quelques jours seulement du déroulement de son affaire,
a déjà confondu nombre de spectateurs et d’invités attentifs
avec ses programmations, ses déprogrammations et ses
contre-programmations à l’emporte-pièce, avec ses retards à n’en
plus finir, ses ateliers rarement tenus, ses conférences annulées,
sa confusion sur le lieu des événements qu’il annonce, sa
logistique hasardeuse sur la gestion des nombreux invités venus de
partout, ses hôtels précaires et ses milles improvisations qui
font finalement dire à beaucoup que les Rencontres théâtrales
internationales du Cameroun participent de la pure hérésie
organisationnelle. Un ton légèrement en dessus d’un certain
festival que nous avons vu s’achever la semaine dernière à
Yaoundé dans la confusion générale.
Les Retic 8ème édition
15-22 novembre 1999
Yaoundé, Douala, Buea
10 pays participants
17 pièces
20 invités spéciaux
Spectacles : Centre culturel français, Hilton
Organisateur : Ambroise Mbia
A voir : Mal de mots
A hésiter : The convert
A écouter : Nicole Leclerq
(c)LE JOURNAL
MUTATIONS 1999
Accueil | RETIC 1999 | Archives | Contacts
|