LES RETIC 1998 vues par les journalistes de Cameroun Actualité de ICCNeT

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Cameroun Actualité
Sous la direction de Paul PONDY
Redacteur en chef Jacques KEIY YOGO
Assisté de Kosehe ABDALLAH

RECTIC 98
L' amour égoïste de Mallika.

Yaoundé le 30 mai 1998

------ La troupe théâtrale Pierre Poivre de l'île Maurice a ouvert les RETIC 98. Avec la pièce " Mallika et Le Mendiant ". Histoire d'un amour impossible coloré d'égoïsme.
------ Mallika est amoureuse ! Pour que naisse cette très forte inclination envers le moine bouddhiste, il a fallu que ce dernier lui demande à boire. Et surtout qu'il abreuve sa soif au creux de ses mains. Depuis ce jour, celle là qui ne croyait pas au mariage n'a eu d'autres pensées que de s'unir à cet être devenu cher.
------ Malheureusement, tout les sépare : la caste, la religion. C'est sur cette histoire d'amour impossible qu'est bâtie la trame " de Mallika et le mendiant ". Cette pièce, jouée hier (29 mai) sur les planches du Palais des Congrès de Yaoundé a levé le rideau sur la 7e édition des Rencontres Théâtrales Internationales de Yaoundé devenues cette année Rencontres Théâtrales Internationales du Cameroun (RETIC).
------ Les acteurs se sont donnés à fond pour offrir une agréable soirée au public. La prestation était remarquable, pour une troupe qui, quelques heures avant, ne se doutait pas qu'elle ouvrira le festival. Même les quelques accords imparfaits relevés au cours du passage de la compagnie théâtrale Pierre Poivre de l'île Maurice, n'ont pu entamer ce spectacle.
------ Le public s'est laissé captiver par la pièce classique, écrite il y a plus de trente ans par le mauricien Marcel Cabon, aujourd'hui décédé. Les efforts fournis par la jeune Mallika (Fabienne Fleurant), pour briser les barrières entre son amour et elle étaient saisissants. Par la persuasion et la prière, Mallika ramène son bien être auprès d'elle.
------ Ce qui est appelé ici un amour " impossible " pourrait bien prendre le nom d' "amour égoïste ". La mère de la jeune amoureuse se sacrifie pour le bonheur de sa fille. Un bonheur que celle-ci ne peut atteindre que de manière partiale. Mallika devient une adepte de la religion bouddhiste. Mais son union avec l'amour de sa vie demeure impossible, puisqu'il s'agit d'un homme de Dieu. Même si ce dernier, (qui a fini par l'avouer) , l'aime.
------ Fabienne Fleurant est la révélation de cette première soirée des RETIC. Agée de 16 ans, l'interprétatrice de Mallika a séduit le public. Les spectateurs ont ainsi vite oublié la longue attente endurée. Et surtout les discours interminables, quoi que bien ciblés, du président des RETIC, Ambroise Mbia et du représentant du ministre de la culture. La jeune comédienne a montré que le théâtre " c'est la vie, le théâtre c'est l'homme même " Traduisant à la réalité l'hymne des RETIC 98. Un hymne exécuté à l'ouverture de la soirée, par la chorale " la Voix du Cénacle ", de Gervais Mendo Zé.

Béatrice Bonny

 Animation

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RETIC
" LA CONJONCTURE " EST DEFAVORABLE

Yaoundé le 04 Juin 1998

------ Programmé pour ouvrir la 7è édition des RETIC, " la Conjoncture " : spectacle de la troupe nationale dramatique du Théâtre National Daniel Sorano de Dakar s'est enfin produit mercredi dernier (03 Juin). C'est l'histoire d'un pays africain englué dans la crise économique et qui espère connaître un nouveau destin moins sombre dès l'an 2 000. Cauchemar.
------ " An 2 000 ! Est-ce pour nous décevoir que tu débutes en faisant de la conjoncture ton allié ? C'est sur cette interpellation pathétique de l'acteur principal (Mongolo) de cette représentation théâtrale sénégalaise que le rideau tombe ... la déception de Mongolo est vraiment grande, car comme lui, c'est toute une frange de la population de son pays (Konzakoi) a cristallisé tous leurs espoirs les plus fous sur cette année magique qui ouvre le troisième millénaire.
------ Le peuple de la " République moderne du Konzakoi " attendait un changement véritable de sa situation dès " la première heure du premier jour de l'an 2 000 ". Mais, aujourd'hui, c'est l'an 2 000. Les changements annoncés n'ont pas eu lieu. Le pays continue de marasme économique. Le peuple a perdu tout repère. La légendaire solidarité africaine a cédé la place à un individualisme cynique. Les ministres et autres hauts fonctionnaires de la République continuent de détourner au vu et au su de tout le monde l'argent des projets de développement financés par les bailleurs de fonds internationaux et les pays occidentaux. C'est la misère générale dans tout le pays.
------ Le couple Mongolo qui attendait l'an 2 000 pour voir leurs " angoisses se transformer en extase... " ; ne sait plus à quel saint se vouer. Et Mongolo de s'en prendre alors au sort, au destin et aux dieux. Il les accuse d'être la cause de ses malheurs.
------ " La Conjoncture ", c'est une représentation crue de la réalité quotidienne de plusieurs pays d'Afrique noire à la veille du troisième millénaire. La prestation des acteurs leur maîtrise du sujet a fait vibrer une foule de spectateurs qui n'a pas raté une seule partie de ce spectacle alléchant. Décor sobre, tenues expressives, lumières variées et nettes ont ajouté des ingrédients épicés à cette belle soirée africaine au Centre Culturel Camerounais de Yaoundé. A coup sûr, l'on a eu affaire à de véritables professionnels de la représentation scénique.

Alain Mbôh à Mbeck

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RETIC
UN " THEATE VERT " SUR LE PLATEAU

Yaoundé le 04 Juin 1998

------ Il nous vient du Bénin. C'est un One man show qui dessine l'Afrique d'après les " Conférences nationales ".
------ Vingt et une heure trente cinq, une brouette verte, transportant une pèle et un balai fait une entrée bruyante sur la scène du Goethe Institute. Le propriétaire de cette brouette ne daignera même pas décliner son identité. En fait, en avait-il besoin ? Les instruments de travail et les vêtements de " l'homme " en disaient déjà long sur ses origines et sa classe sociale.
------ Un large sombrero pendant à son cou et jeté dans son dos, une salopette et une vieille paire de tennis noire, notre " homm ", donne de vigoureux coups de balai tantôt à gauche, tantôt à droite.
------ Entre deux coups de balai " l'homme ", raconte sa vie, son destin. Un destin qui est celui des compatriotes de son âge. Un destin qui est celui de son pays. Un pays qui pourrait être situé n'importe où dans l'espace africain francophone.
------ L'intrigue de cette pièce de théâtre Ce soleil où j'ai toujours soif ou la nuit des anges se situe donc au dernier jour de la conférence nationale souveraine. Une instance qui a fait naître un nouvel espoir parmi la jeune génération à la quelle appartient l'acteur de One man show.

[" l'ordre et la paix règnent dans tout le pays "]
------ Durant sa journée de travail, " l'homme " nous laisse comprendre qu'il est orphelin de père et de mère. Son père (tirailleur) est mort en Algérie (pendant la guerre de libération). Sa mère succomba plus tard, des suites de " misère exagérée ". A trente ans, il était diplômé de l'enseignement supérieur. Mais le manque d'emploi l'obligea d'accepter d'être balayeur de rues : " un technicien de surface du Service des Nettoyages Généraux " Il était follement amoureux d'une certaine Arlette. Une belle femme que les mauvaises langues présentaient comme une fille de joie. Mais, lui, n'en avait que foutre. Il projetait de l'épouser aux lendemains de la conférence nationale. Une conférence nationale qui l'avait placé au " Carrefour de l'espoir " en créant un nouvelle déesse au nom évocateur : DE-MO-CRA-TIE. Il la présente comme étant la nouvelle indépendance de son pays. Bref c'était un " jour nouveau qui se levait sur le pays ".
------ Notre ami est débordant de joie à la fin de sa journée de travail : " la conférence nationale a promis de nous donner du travail ", souligne-t-il. D'ailleurs, le peuple va fêter le nouveau Premier ministre élu par la conférence nationale ce soir au Palais du Peuple. Notre homme a programmé d'y assister en compagnie de sa belle Arlette. Cette dernière n'est pas au rendez-vous. Elle a été tuée non loin du Palais du peuple par les militaires qui ont mitraillé la foule pour rétablir " l'ordre "... Dans un laconique communiqué lu à la radio nationale, le chef des mutins déclare que " l'ordre et la paix règnent dans le pays (...), la Démocratie ne sera pas suspendue "
------ Cette pièce de théâtre qui est en fait un long monologue, rappelle l'histoire des pays africains francophones de cette dernière décennie. Une histoire surchargée du parfum de la " démocratie " des accords de confirmation du FMI... l'acteur de cette pièce a chauffé à blanc la public. Un public constitué en majorité d'africains qui se reconnus dans cette histoire que raconte le béninois Florent Zotti. Il a maîtrisé son sujet en épousant, à s'y méprendre, toutes les habitudes de ce diplômé de l'enseignement supérieur qui parle comme un livre, mais qui est incapable de vivre décemment. Le décor et le jeu des lumières ont fait défaut a cette représentation béninoise : la lumière est restée vive du début à la fin du spectacle (plus d'une heure). ce qui n'a pas permis au spectateur de bien identifier les différentes parties de la journée, les émotions fortes (gaieté, souffrance, mort) etc. En outre, le titre de cette pièce de théâtre ce soleil où j'ai toujours soif la nuit des anges, est quelque peu ambigu.

Alain Mbôh à Mbeck

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RETIC
DIEU RECREE LE MONDE !…

Yaoundé le 12 Juin 1998

------ L'Atelier Théâtrale Centrafricain " ATHECA " a présenté vendredi dernier(05 juin) sur les planches du Centre Culturel Camerounais ; " Une nouvelle terre " de Were Were Liking dans une mise en scène de Mbaïnoudjin Perkyss Il s'agit d'une histoire absurde des habitants d'un village qui prennent la place de Dieu pour créer un nouveau monde. Mystification.
------ Le rideau se lève sur cinq personnes cagoulées qui pillent une grosse caisse en bois qui porte l'inscription. " Grenier du village ". Ces visiteurs nocturnes sont surpris par une femme qui crie " Aux voleurs ! ". Les villageois ont de la peine à se lever, ce qui permet aux voleurs de s'évaporer dans la nature, emportant avec eux un précieux butin.
------ Un grand malheur vient de frapper le village : toutes les précieuses provisions ont été emportées. Si rien n'est fait, c'est le village tout entier qui disparaîtra
------ Le chef du village, conscient du danger qui guette son peuple, réunit ce dernier afin de conjurer le mal. Un peu comme dans " les animaux malades de la peste " de la Fontaine ; Fable, où le lion, roi des animaux fit appeler ses semblables pour irradiquer le mal qui les décimait…
------ Du coup, s'enclenche une grande tenue de palabre où les villageois critiquent, dénoncent et … proposent de nouvelles orientations pour " la nouvelle naissance ".
------ Pêle mêle, on pointe un doigt accusateur sur la corruption, la perte des valeurs traditionnelles… Le diagnostic est clair : le village est malade. Et se sont les villageois responsables du destin de leur village qui en souffre. Du coup, une thérapeutique est trouvée : la création d'un nouveau village. Pour créer donc " une nouvelle terre " ; va t-on éliminer tout ce beau monde?
------ C'est l'équation que te tente de résoudre le grand sorcier du village qui invoque les esprits des ancêtres à travers " Ndakola ", le dieu de bois à qui les villageois ont longtemps tourné le dos. Au bout d'une séance d'exorcisme général soutenu par un rythme d'enfer des tam-tams ; le village nouveau ou le nouveau village se " crée " avec les mêmes villageois, débarrassés de leurs souillures. " Désormais, le bien et le mal reprendront leur nature " lance un villageois désabusé.
------ La représentation centrafricaine a posé le problème complexe et mythologique de la (re) création du monde. Ndakola (le dieu) qui a demandé et donné le pouvoir aux villageois de créer un nouveau village, ironise sur l'incapacité des villageois à créer " une nouvelle terre " qu'ils avaient souhaitée de tout leurs voeux. Ces derniers ont été incapables de produire (créer) un village nouveau et différent. Pour le reste, l'on a assisté à une belle soirée. Jeu des acteurs très bien enlevés. Décor encombré…

Alain Mbôh à Mbeck

 


RENCONTRE AVEC...
OUMAR SECK

Yaoundé le 28 juin 1998
SECK Les rencontres théâtrales internationales du Cameroun (RETIC) tenues au début du mois de Juin, nous ont permis de rencontrer un bon nombre de stars africaines du théâtre, présentés à Yaoundé. L'une d'elle, Oumar Seck, Directeur du Théâtre national Daniel Sorano de Dakar, est venu nous rendre visite à ICCNet.
------ Flanqué du comédien camerounais David Noundji, Directeur adjoint des RETIC, Oumar Seck est venu, dans la sobriété de son costume africain, avec cette timidité qui envahit tout comédien hors des planches.
------ Dans notre Cybercafé, Oumar a découvert ICCNet. Ce dimanche de fin des RETIC, les deux comédiens nous l'ont consacré. Mais c'était, bien sûr, pour mieux parler du théâtre et des RETIC : " les RETIC sont un temps fort de communication, une opportunité pour les comédiens africains de se rencontrer, de présenter toutes les formes d'échanges et de réflexions ".
Noundji et Seck ------ Les défaillances relevées dans l'organisation du festival de Yaoundé ne peuvent pas empêcher l'avancée ce qu'Oumar appelle " une initiative courageuse ".
David Noundji et Oumar Seck,  début d'une collaboration.
Il interpelle cependant les gouvernements africains, afin qu'ils puissent travailler en synergie dans le but de promouvoir le théâtre africain . Même s'il reconnaît n'avoir pas vu beaucoup de grands spectacles, le comédien sénégalais se dit très impressionné par les spectacles de ses amis David Noundji et Ignace Alomo, les seuls qui ont présenté des One man Show. Pour la plupart des comédiens en tous cas, Oumar Seck ne leur a pas trouvé beaucoup de talents : " il y en a qui aime bien le théâtre, mais en retour, ils ne sont pas aimés par ce métier ". Mais pédagogue, il poursuit, " les jeunes doivent comprendre que c'est un métier très dur. Il faut toujours travailler ".
------ Le travail, Oumar le connaît, lui qui a commencé le cinéma très jeune, avant de rentre plus tard, dans le très prestigieux Théâtre Daniel Sorano de Dakar.
------ Après des stages de Comédien en France et un travail de formateur aux Antilles dans les années 70, le comédien s'est installé à Dakar. Comédien fonctionnaire, il se dit mal à l'aise dans cette posture : " cette situation de fonctionnaire porte atteinte à la création. Finalement, les artistes s'installent et attendent le salaire à la fin du mois. Ils se sentent pris en charge et finissent dans la sclérose ".
------ A 53 ans, le comédien n'entend pas se rouiller dans sa situation de fonctionnaire. D'ailleurs, il a toujours bossé dur. Pas pour de l'argent forcément, car, pour lui ce n'est pas le fric qui importe dans le métier, c'est la nature et la qualité du travail à faire et à présenter qui sont importantes. Le comédien de théâtre a ainsi prêté son physique longiligne, sa voie si imposante et son immense talent au cinéma. Il n'arrive pas à compter les pièces de théâtre qu'il a jouées ; il lui est également difficile d'énumérer les rôles qu'il a incarné du cinéma. Mais il parle plus facilement des films TGV de Moussa Touré, présenté à Cannes cette année ; Dakar Clando ou Guelwaar de Sembène Ousmane. Oumar parle également avec beaucoup de nostalgie, de ses prestations dans le cadre du théâtre radiophonique. " Beaucoup de réalisateurs apprécient ma voix, voilà pourquoi j'ai été toujours sollicité pour le théâtre radiophonique ou pour des messages publicitaires " nous affirme-t-il.
------ Grand prix du Président de la République l'année dernière cette distinction lui a rapporté 2 millions de Francs CFA et un ordinateur. Il prend bientôt sa retraite et se prépare à former les jeunes et à se consacrer au cinéma. Beau programme pour une nouvelle carrière.