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Retic 2000 : la mise en scène de la politique

in ICCNET-Cameroun Actualités

Le  rideau est tombé  sur les Rencontres Théâtrales Internationales du Cameroun (Retic). On aura vu, sur les planches de Yaoundé et Douala, l’Afrique avec ses dictatures, ses pauvretés et gabegies.

Les 150 comédiens africains présents semblaient en accord parfait pour corriger les mœurs de l’Afrique en riant. La trame des pièces a été  pratiquement la même, actes par actes, scènes par scènes. On croirait l’œuvre d’un seul metteur en scène.

La compagnie des 7 Kouss du Sénégal a donné l’ampleur de toutes les secousses qui ébranlent  le continent depuis les indépendances. De la liesse et aux rêves des proclamations des indépendances à la vague dévastatrice des dictatures empreintes de corruption, de violences répressives contre les peuples. Toute l’Afrique d’hier et d’aujourd’hui.

Les dernières nouvelles ne sont pas bonnes, une pièce de Dave Wilson présentée par l’écurie Maloba de la République Démocratique du Congo, est une fresque pure nature de l’Afrique. On y retrouve la grande Afrique, celle des petits, des pauvres, des chômeurs et des opprimés face à  l’Afrique des dirigeants corrompus à souhait, méchants  et égoïstes qui se font le plaisir de réprimer dans le sang et les larmes toutes velléités de conquête de la liberté de la part des citoyens. 

Tout ce qui caractérise l’ Afrique aura été étalé sur les planches pour que ceux qui peuvent encore lever la tête puissent voir.  Le génocide Rwandais, cette honte de l’Afrique, par le Mono  théâtre d’Abouasso dans Refusé par la mort de Yolande Mukagasama, la corruption hideuse qui nappe le continent avec Les fossoyeurs,  tirée d’une pièce de Yoka Lyemudaba. 

Même par la danse on aura vu que les misères de l'Afrique, telle cette chorégraphie de la compagnie Konga ba teria, une sorte de danse funèbre en mémoire des  africains tombés en cherchant la liberté de l'africain. 

Et comment oublier les sanglots de Were Were Liking et le Kiyi Mbock d’Abidjan, face aux martyrs des fils de l’Afrique dans... Hola là là !

  Anatole Bihina


 LE MESSAGER
CAMEROUN


Théâtre au pays de l'inculture
Des RETIC sans public
Jean-François Channon

Rideau sur la 9e édition. Les spectacles étaient très enlevés. Dans des salles presque vides.

Assez discrètement, la 9e édition des Rencontres théâtrales internationales du Cameroun a pris fin le 22 novembre dernier à Yaoundé. Comme dernière représentation sur les planches du Centre culturel français François Villon le maigre public a regardé "La métamorphose de frère Jero" de Wole Soyinka avec la compagnie théâtre des intrigants de Kinshasa dans une mise en scène de Michel Faure.

C'est l'histoire d'un charlatan notoire, frère Jero, faux prophète et arriviste cynique, qui est entré en possession d'un dossier confidentiel de l'Etat qui veut aménager une plage où vont se dérouler les exécutions publiques. Autour de ce lieu appelé "Forum national", on trouvera des parcs d'attractions, des cafés, des supermarchés, mais également un coin réservé à une institution religieuse qui sera chargée d'apporter aux condamnés les derniers réconforts de la religion et prêcher devant la foule afin de dénoncer les méfaits du crime. Le frère Jero va plutôt donner l'affaire à des escrocs et trafiquants en tout genre. Soit une autre façon de dénoncer la corruption dans les pays africains. Un sujet cher à Essindi Mindja. Dans sa nouvelle création "A tort et à travers", le comédien dénonce avec talent la feymania, l'arrivisme de certains fonctionnaires devenus subitement très riches, sans oublier "l'escroquerie" qu'organise l'Etat à travers les baisses de salaires etc.

Absence du public
Au total donc, une vingtaine de spectacles aux messages sociaux certains. A l'issue de la 9e édition des RETIC on pouvait lire la satisfaction sur le visage d'Ambroise Mbia le président de ce festival. "A l'observation, les spectacles ont été de très bonne facture, si je m'en tiens aux échos des différentes rencontres professionnelles. Au-delà des poignées de mains et accolades entre comédiens, ce furent des moments intenses de rencontres à travers le théâtre", commente-t-il.

De l'avis des experts internationaux des arts de la scène, présents aux RETIC 2000 tels que Jacques Deck responsable à l'Agence de la Francophonie, ou encore Emile Lansman, directeur des Editions Lansman, la 9e édition des RETIC a connu une évolution dans son organisation. "La qualité des spectacles et des créations est bonne. Les comédiens sont talentueux. Les RETIC s'imposent ainsi comme un des rendez-vous importants du théâtre dans le monde. Les hommes de théâtre camerounais et africains gagneraient à s'y intéresser", explique Emile Lansman. Seulement ce commentaire positif masque mal le malaise observé par la non participation du public. Des salles où étaient pourtant représentés des spectacles de qualité aussi bien au niveau de la thématique que des jeux scéniques, sont restées à moitié vides.

Il n'y avait là que les festivaliers pour revoir leurs propres spectacles. Pas de public ordinaire venu accueillir les différents messages théâtraux un peu comme cela se passe ailleurs. "Dans des pays comme le Rwanda, le Kenya, la Tanzanie ou encore le Zimbabwe, c'est par le théâtre que la conscience collective a été formée sur des sujets sociaux tels que le Sida, la pauvreté, le tribalisme, la corruption, et les Droits de l'Homme. Il est donc utile que le public viennent au théâtre. Encore faut-il savoir comment le faire", affirme le comédien ivoirien Ignace Alomo du Mono Théâtre d'Abonasso.

Pour certains, l'explication à cette attitude du public se trouvent dans un déficit de la communication des RETIC. Jacques Deck est de ceux-là. "C'est vrai, les spectacles sont désormais professionnellement montés. Mais il faut améliorer la communication en impliquant la télévision, les journaux etc. pour que le public puisse venir nombreux vivre ces émotions."

D'autres par contre centrent leur refus de participation aux RETIC sur la personne d'Ambroise Mbia sur qui ils traduisent un certain nombre de rancoeurs. "Je n'étais pas au courant que les RETIC se tenaient en ce moment. Je l'ai su tard. De toutes les façons, M. Mbia fait partie de ceux qui ont fragilisé le théâtre au Cameroun", pense Jean Bediebé du théâtre national du Cameroun. Emmanuel Keki Manyu metteur en scène bien connu n'est pas de cet avis. "S'il y a dans le public des gens qui n'aiment pas M. Mbia, il faut qu'ils sachent que M. Mbia n'est pas le théâtre. Il faut venir au théâtre pour l'amour de cet art".

Au-delà de ces problèmes camerouno-camerounais, il y a tout un enjeu : comment amener le public camerounais à aimer le théâtre? Pour les hommes de théâtre rassemblés aux RETIC 2000, c'est une préoccupation essentielle au moment où ce festival s'apprête à célébrer ses 10 ans d'existence.



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