Ambroise MBIA: Le Baron de Mfida

Tranche de vie d’un artiste désormais dans l’arrière-scène. 
Par Thierry Ndong [in LE MESSAGER]
Le 25-01-2007

Ambtoise Mbia Ambroise Mbia. Le nom suggère immédiatement les planches. Non sans raison. N’est-il pas le président des Rencontres théâtrales internationales du Cameroun ! Le couronnement d’une carrière bien remplie sur les planches. Ce côté connu du célèbre artiste donne-t-il la connaissance complète de l’homme ? Que non ! De fait, la vie d’Ambroise Mbia est comme une pièce de théâtre avec la scène – connu de tous – et surtout l’arrière scène. Cette dernière, généralement cachée, découvre un autre personnage aux multiples casquettes.
Dans son village natal – à Mfida –, Ambroise Mbia est un paisible agriculteur. Qui s’occupe à cultiver la terre et à faire l’élevage. En effet, il est propriétaire de plusieurs hectares de palmeraies. Il entretient aussi deux grands étangs de poissons. Son déploiement est par ailleurs visible à travers un poulailler. Autant d’activités qui en font un opérateur économique et un pôle de développement dans la contrée. Mais, rassurez-vous, Ambroise Mbia ne gagne pas le moindre franc sur ces activités. Il redistribue gratuitement les fruits de son labeur à tous ses frères du village. La symbolique de ce geste de cœur va plus loin. “ Il faut inspirer les gens. Il faut leur ouvrir l’esprit ”, voilà le leitmotiv de Ambroise Mbia. Dont le soutien va jusqu’à la négociation des partenariats au profit de la jeunesse de son Akono natal. Du matériel pour le collège Stoll. Du travail à trouver pour tel orphelin. Une formation pour un jeune désoeuvré. Ambroise ne recule jamais.
Cet humanisme se justifie par son attachement à la terre de ses ancêtres. Malgré une carrière internationale étalée sur une trentaine d’années, obligeant un “ long exil ”, Ambroise n’a jamais oublié ses origines. Parti du Cameroun vers les années 1950, il n’a jamais coupé le lien ombilical avec son village. Illustration. Bien qu’installé en France, il construit en 1977 sa maison de campagne à Mfida. Sans pour autant négliger la maison de son père décédé en 1970. Cet héritage paternel est d’ailleurs son plus grand patrimoine. Il y habite. Et tient à garder intact tout le mobilier laissé par son papa.

Communion
Les populations de Mfida lui rendent bien cet attachement à sa terre natale. Tout le monde salue “ un esprit attachant qui sait comprendre et aider tout le monde ”. Témoignage de son cousin – chef de village. “ Il nous accepte comme nous sommes. Il est toujours à nos côtés, dans le bonheur comme dans le malheur. Il n’est pas comme les autres. Pourtant, ce n’est pas n’importe qui dans ce pays ”. Aussi, tout le village à l’unanimité en a fait son président de sous-section du Rassemblement démocratique du peuple camerounais. Il n’y a pas eu d’élection. Et l’ “ élu ” de Mfida n’a pas eu d’avis à donner. “ Je voulais me dérober en expliquant que je suis souvent parti pour une longue durée. Et que je ne comprenais rien à la politique. Elles n’ont rien voulu entendre. Je n’avais pas de choix que d’accepter ”. Et l’homme joue à merveille son rôle de président de sous-section. “ Je ne leur demande rien. Elles ne demandent rien. C’est la démocratie participative où le groupe s’auto-gère sans le chef ”.
Assurément, Ambroise Mbia est “ un grand homme qui a su garder la tête entre les épaules ”. Comme l’eau, il prend toujours la couleur du vase qui le contient. A Paris, il mène la vie de Parisien. A Yaoundé, il est citadin accompli et propriétaire d’un vaste domaine – bien tenu – au quartier Soa. A Mfida, il est simplement un agriculteur… pardon un Baron. Eh oui ! Après les planches, il joue toujours plusieurs rôles au quotidien. Ambroise est donc simplement un personnage insaisissable. Une vie de rôles exigeant certaines qualités : flexibilité, adaptation, compromis, diversité et vaste culture. Autant de valeurs qu’il souhaite laisser en héritage à la jeune génération. “ Le compromis me paraît la chose la plus forte à cultiver et à partage avec les autres ”, confie-t-il. Pour lui, c’est une valeur qui ouvre des portes insoupçonnées à un être humain. Malgré des couleuvres avalées et des peaux de banane sur son passage, Ambroise Mbia n’a jamais failli à cette sacro-sainte valeur. Aujourd’hui, il peut égrener à longueur de journée les retombées positives du “ compromis ” dans sa vie. Et de finir en formulant un voeu. “ J’envisage mettre en place quelque chose de formel, qui fera dans la formation des jeunes artistes. J’y réfléchis encore. Je verrai comment concrétiser ça ”. Ce sera un plus. Car, Ambroise Mbia est déjà à la tête des Rétic qu’il finance presque entièrement de sa poche.
Le sexagénaire Ambroise Mbia porte un regard optimiste sur l’avenir. Il n’en saurait être autrement pour ce chrétien catholique, qui a refusé la vie de pacha. Il en a pourtant les moyens et le talent. “ Ce n’est pas une vie pour moi ”, clame-t-il. Pourtant, il reconnaît avoir mordu la vie à belles dents. “ Oui, j’ai vécu pleinement ma vie d’artiste. Et Dieu seul sait comment ça se passait à notre époque. Mais, en toute chose, il faut toujours raison gardée. Et distinguer l’essentiel de l’accessoire ”, explique-t-il. Les beaux restes de cette philosophie sont perceptibles à travers plusieurs mariages féconds. Qui font la fierté du metteur en scène et directeur artistique. Bel exemple de vie. Salut l’artiste.


Biographie

Nom : Mbia
Prénom : Ambroise
Date et lieu de naissance : 27 Juin 1943 à Yaoundé
Situation de famille : Marié
Profession : Metteur en scène – directeur artistique

Etudes d’art dramatique

- Ecole nationale supérieure des arts et techniques du théâtre-Rue Blanche-Paris ;
- Ecole d’art dramatique Armel Marin – Paris.

Background professionnel

- Secrétaire général du Festival mondial des arts négro-africains de Lagos “ FESTAC 77 ” ;
- Pensionnaire pendant sept ans (1961 – 1968) à l’Odéon théâtre de France dans la Compagnie Renaud – Barrault, dirigée par Jean Louis Barrault ;
- Sous l’égide de l’Office français de coopération et d’accueil universitaire, création et direction de la compagnie “ Le jeune théâtre africain ” qui regroupe des comédiens africains, Antillais et malgaches ;
- Elu premier vice-président de la Fédération africaine des arts traditionnels à Abidjan ;
- Elu vice-président du Comité international de l’identité culturelle et du développement de l’IIT-Unesco à Caracas (Venezuela) ;
- Membre du conseil d’administration du Comité international de la formation théâtrale ;
- Expert de l’Agence de la francophonie à la commission internationale du Tthéâtre francophone ;
- Président du Comité artistique international du marché des arts du spectacle africain ;
- Membre du jury des journées théâtrales de Carthage-Tunisie ;
- Membre du jury du Festival international du théâtre expérimental du Caire (Egypte);
- Membre du jury du concours ACCT de littérature pour enfants d’Afrique centrale ;
- Membre du conseil d’administration du Comité international du théâtre dramatique ;
- Encadreur du stage d’art dramatique organisé dans le cadre des Rencontres-Sélections de “ Théâtre jeunes publics ” à Huy (Belgique) ;
- Président du Centre camerounais de l’Institut International du Théâtre –Unesco ;
- Coordonnateur national du projet Unesco “ Culture de Quartier ” ;
- Membre du Conseil d’administration de la “ Cameroon radio and television ” (Crtv) ;
- Membre du Conseil d’administration du Fonds de mobilité des artistes arabes et africains ;
- Président délégué du Festival national des arts et de la culture (Fenac 94) à Douala ;
- Président du Comité international de sélection du marché des aArts du spectacle africain ;
- Président du - Jury – théâtre - du Festival universitaire des arts et de la culture du Cameroun (Ngaoundéré) ;
- Président de la 6e édition du Festival international de l’acteur de Kinshasa et Brazzaville ;
- Membre fondateur du Comité directeur du Centre arabo-africain de recherches et de diffusion théâtrale ;

Filmographie

A- Cinéma : 15 films long métrage (acteur)

- “ L’Ile mystérieuse ” avec Omar Sharif ;
- “ Soleil noir ” (rôle principal : Patrice Lumumba) ;
- “ La Brûlure ” (rôle principal avec Winnie Burrows ;
- “ Profession reporter ” de Michelangelo Antonioni avec Jack Nicholson ;
- “ le Cercle des pouvoirs ” de Daniel Kamwa ;
- Etc ....

B- Télévision
- Acteur : 28 films :
- Réalisateur ;
Mise en scène et encadrement d’une quinzaine de pièces de théâtre filmées dans “ Les Feux de la rampe ” ;
- Réalisation pour le compte du Ministère des Transports des spots et films pour l’émission “ Trafic ”.

Radio (theâtre radiophonique)
Enregistrement à l’Ortf de plus de 300 pièces de théâtre dans des séries d’émissions consacrées à la promotion des auteurs africains, malgaches et mauriciens (concours théâtral inter-africain, théâtre noir...)

Theâtre
A- Comédien : 57 pièces (Maurice Béjart , Georges Wilson , Laurent Terzieff , Jean Louis Barrault , Marcel Cuvelier , Jean Meyer , René De Obaldia , Jean Claude Grumberg etc..
B- Metteur en scène : 48 pièces de théâtre ;
C- Directeur d’une trentaine de stages en Afrique et à l’étranger.

Discographie

-Deux disques

Autres activités
- Professeur de diction et d’expression orale à l’Ecole Supérieure Internationale de Journalisme de Yaoundé et à l’Ecole normale supérieure de Yaoundé ;
- Directeur artistique de plus de soixante manifestations de prestige au Cameroun et à l’étranger (réceptions hôtes de marque, congrès politiques, semaines culturelles, conférences internationales, etc...)
- Conseiller municipal de la ville d’Akono

Au ministère camerounais de la Culture
- Directeur adjoint de la Culture et de la cinématographie
- Directeur adjoint du patrimoine
- Membre de la Commission des arts et lettres

Distinctions honorifiques
- Chevalier de l’ordre de la valeur (Cameroun)
- Chevalier de l’ordre national du mérite (France) ;
- Chevalier de l’ordre de la pléïade et du dialogue des cultures - Ordre de la Francophonie ;
- Elevé au grade de “ Kili 98 ” lors de la cérémonie organisée à la “ Nuit des Kilimandjaro culturels africains ” en juillet 1998 à Abidjan ;
- Cérémonie de “ Consécration ” au cours du 20ème anniversaire du festival Journées Théâtrales de Carthage (Tunisie) 2003 ;
- Chevalier de l’ordre du mérite des arts, des lettres et de la communication du Burkina Faso.
 

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CULTURE | 19 Dec 2007

Ambroise Mbia : L'heure de la reconnaissance des pairs 
par Justin Blaise Akono

Le comédien camerounais vient de recevoir un trophée au festival de théâtre de Tunisie.


AMBRO Ambroise Mbia, comédien et président des Rencontres théâtrales internationales du Cameroun (Retic) était tout heureux le 6 décembre dernier. Le ministère tunisien de la culture et de la sauvegarde du patrimoine ainsi que la communauté théâtrale internationale lui ont rendu hommage, dans le cadre de la treizième édition des journées théâtrales de Carthage. La cérémonie, assez grandiose, selon certaines sources, s'est déroulée sur le paquebot "Le Carthage". Une consécration pour sa longue carrière, qui lui permet désormais de siéger à la réunion des maîtres en la matière, sur le plan mondial. Mais, aussi, pour le bénéficiaire de cette distinction "permettra une plus grande ouverture pour les jeunes à travers les réseaux", dont l'objectif est de favoriser les échanges d'expériences et des ressources humaines ainsi que la circulation des spectacles. Ambroise Mbia a par ailleurs été désigné comme coordonnateur de ce réseau pour l'Afrique subsaharienne.

Ambroise Mbia, qui était, parmi plusieurs bénéficiaires, le seul de l'Afrique subsaharienne, a une haute idée de ce métier qu'il exerce depuis 1961: "Le théâtre est un art vivant. Et, il existe des moyens pour permettre aux jeunes de s'épanouir et de vivre de ce métier". Le président des rencontres théâtrales internationales du Cameroun (Retic) qu'il lance en 1990 voile depuis quelques temps d'hommages en reconnaissance. Le 17 novembre déjà, c'est la nouvelle ministre de la Culture, Ama Tutu Muna, qui lui a rendu hommage lors de l'ouverture des Retic, acte 16. "Je souhaite qu'une telle passion habite les jeunes génération qui s'orientent vers le théâtre", a conseillé la Mincult. Bien avant la ministre camerounaise de la Culture, le comédien a été fait en février 2006 par le président Burkinabé Blaise Compaoré, chevalier des Arts, des lettres et de la communication.

En 2005, c'est le président français Jacques Chirac qui fait de lui chevalier de l'ordre national du mérite. Il faut remonter en 1990 pour retrouver une distinction honorifique au Cameroun. Ambroise Mbia est alors fait chevalier de l'ordre de la valeur. Produit de l'Ecole nationale supérieure des arts et techniques du théâtre de la Rue blanche à Paris en France, le président des Retic passe sept ans au théâtre de France (1961-1968). A son actif, quelque 18 films dont un rôle de Patrice Emery lumumba. Il a été secrétaire général du festival mondial des arts négro-africains de Lagos au Nigeria en 1977. 46 ans après ses premiers coups de théâtre, Ambroise Mbia n'est pas encore prêt de raccrocher les crampons.
   

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LE MESSAGER    
Journal N° 2090 du 22 mars 2006 
     
Expérience d’ailleurs
Ambroise Mbia honoré par Blaise Compaoré
Le Président du Burkina Faso, Blaise Compaoré a signé un décret conférant le grade de chevalier de l’ordre du mérite des arts, lettres et de la communication à une figure emblématique de la culture camerounaise.

A l’occasion des festivités marquant la célébration de sa semaine nationale de la culture prévue dans tout le Faso, du 25 mars au 2 avril 2006, le “ pays des hommes intègres ”, a décidé de frapper un grand coup. Celui de la reconnaissance nationale que tout le peuple burkinabé entend accorder aux grands noms de culture du terroir et de la légion étrangère. En effet, Blaise Compaoré, le président du Burkina Faso, président du conseil des ministres et grand maître des ordres burkinabé, a dû prendre un décret, pour magnifier et célébrer onze artistes de référence, nommés au grade de chevalier de l’ordre du mérite des arts, lettres et de la communication.
En lisant sur les lignes du décret présidentiel n°2006-043/Pres/Gc, signé par Blaise Compaoré à Ouagadougou, le 25 février 2006 et “ portant nomination à titre normal et à titre exceptionnel dans l’ordre du mérite des arts, des lettres et de la communication à l’occasion de la semaine nationale de la culture ” on distingue à titre normal, huit hommes de culture du terroir, alors qu’à titre exceptionnel, on retrouve trois grands noms et experts étrangers.
Une lecture attentive du décret du président du Faso, renvoie à une répartition des lauréats du terroir en quatre agrafes. Ils sont trois : Koné Bakary El Bakr, Traoré Oumar et Zoungrana Mamoudou Pierre-Celestin dans la série “ arts graphiques et plastiques ” ; un : Compaoré Albert dans la rubrique “ littérature écrite et orale ” ; trois : Kam Urbain, Ko Nidjila Ambroise et Oussale Tantiogué Aboucar, dans le registre “ musique et danse ” ; et un : Ilboudo Ousséni dans la très sélective agrafe sur “ la Radiotélévision, presse écrite ”. Quant aux trois autres vétérans, ce sont de vieux briscards des arts vivants de la scène. En premier, il y a la Grecque, Mme Sténou Katérina, directrice de la division des politiques culturelles et du dialogue interculturel, au secteur de l’Unesco, pour la rubrique “ littérature écrite et orale ”. Le Camerounais, Ambroise Mbia, artiste comédien, metteur en scène, directeur artistique et le Français, André Louis Perinetti, metteur en scène et directeur artistique, sont du registre de “ musique et danse ”.

Positionnement stratégique
Ce n’est pas le fait du hasard, si le président du Faso, a choisi de magnifier et de décorer trois grands monuments des arts et de la culture de la région étrangère. Stratégique, la démarche de Blaise Compaoré se veut aussi aguichante, mais surtout un clin d’œil et une volonté de pénétrer le plus grand réseau des arts vivants de la scène qu’est l’Unesco. Celui-ci faut-il le souligner, regroupe 92 pays des cinq continents. On y retrouve même des chefs d’Etat qui officient comme auteurs. Après avoir dans tout le continent africain, assis sa notoriété sur le 7ème art à travers l’organisation d’un rendez-vous culturel d’envergure de la taille du Festival panafricain des cinémas de Ouagadougou (Fespaco), le “ pays des hommes intègres ”, se cherche une autre voie, un positionnement stratégique dans le firmament des arts de la scène et davantage le monde du 4ème art. L’expérience du Burkina Faso intervient dans un contexte où la culture camerounaise vit le drame d’un taureau d’holocauste à l’autel de la dictature. Il suffit de refuser de farder la vérité, pour constater que la biennale du Festival national des arts et de la culture du Cameroun (Fenac) est devenue un serpent de mer, un rendez-vous qui a été sacrifié au profit des archaïsmes et de multiples amateurismes. Pour la petite histoire la dernière édition en date remonte en 2002, dans la ville de Bafoussam. Au-delà de la dérive culturelle collective, comment occulter les images de toutes ces artistes de référence à l’échelle nationale et mondiale, ces légendes dont on s’amuse à en effacer l’histoire. Et dire que l’événement culturel du Faso, arrive au moment où dans les milieux culturels on est encore meurtris par un sentiment d’indignation et de révolte, caractérisé par l’insouciance et l’indifférence des pouvoirs publics qui ont laissé Sita Bella périr dans l’indigence totale.

 Par Souley ONOHIOLO

Le Mot du Président du FIA 2001 : Ambroise MBIA
L'œil du spectateur majuscule
Ambroise MBIA Président de la 6ème édition du Festival International de l'Acteur (FIA)
publié le 16/10/2002


S’il était donné à un être humain de faire le tour du monde et de parler toutes les langues, il serait à coup sûr le plus heureux. S’exprimer en tous lieux sans besoins d’interprète susceptible de censurer ou de déformer ses propos, lui procurerait sans doute un merveilleux sentiment d’appartenir intimement à tous les groupes sociaux rencontrés au cours de son périple. Mais ceci de toute évidence, n’est qu’un rêve pieux, une impossible prouesse depuis la tour de Babel. Cependant, si personne ne peut comprendre toutes les langues du monde, il est un langage qui peut se targuer d’être compris par les hommes et les femmes de tous les continents, c’est le langage artistique et, plus singulièrement le langage théâtral, à condition toutefois que les règles essentielles de ces techniques d’expression soient respectées et bien appliquées par ceux qui prétendent vouloir le parler, car c’est un métier extraordinaire où personne ne peut tromper personne. En effet, le théâtre est plus ouvert dans son expression de langue vivante, ponctuée de gestes, de silences et très souvent de paroles. Le théâtre a toujours un message direct avec des points d’impact et, dans tous les cas, ce message est perçu même par ceux qui n’ont que des yeux pour voir. Quand même bien l’Acteur fermerait la bouche, son corps seul continuera malgré tout à s’exprimer, et dans la même langue. On appelle les membres de la race qui parlent cette langue LES COMEDIENS. C’est une tribu très peuplée et qui s’étant sur les cinq continents. C’est sont les hommes et des femmes comme tout le monde , mais qui ont la curieuse particularité de porter des lorgnons pour scruter la manière de vivre des gens, des communautés, des peuple et même des animaux. Dès qu’ils trouvent la moindre coquille dans les comportements de leurs victimes, ils les font venir en sonnant un alarme dont ils ont seul le secret, et usent des techniques bien comprises pour exposer publiquement leur côtés négatifs et positifs. La plupart du temps tout ce passe bien au cour de ces fameuses séances. Si à un moment donné le public rigole à en perdre son dentier, c’est sûrement qu’à ce moment là, chacun se convainc lui même que la situation que les comédiens viennent de reproduire sur la scène n’est pas de lui mais de « l’autre ». C’est quand les flèches du message théâtral font mouche pour n’avoir pu être détournées sur le voisin d ‘à-coté, alors le comédien devra s’attendre a recevoir des œufs pourris enveloppés dans des critiques acerbes .
Fort heureusement, l’incorrigible comédien et son public se réconcilient toujours et entretiennent même une complicité qui autorise avec insistance le comédien à recommencer ce jeu à la moindre occasion.
Seulement les membres de la race des comédiens sont très malins. Eux aussi jouent de temps en temps aux petits démons sociaux, et même qu’il leur arrive de se faire aussi des crocs-en-jambe, mais il s’en inquiètent pas outre mesure, convaincu que les autres ne pourront jamais le dénoncer devant le grand public dont ils sont incapables de sonner la cloche de rassemblement. De plus personne ne pourrait le comprendre n’étant guère initié aux techniques du langage théâtral.
Mais vu sous un autre angle, les comédiens sont finalement sociables, surtout entre eux. Quand ils se retrouvent, c’est comme s’ils ne s’étaient jamais séparés. Ils sont heureux ensembles, ils ont, dirait-on, les mêmes réactions, les mêmes préoccupations. Ils ont surtout la même passion : le théâtre.
Si le FIA comme les RETIC compte aujourd’hui parmi les événements qu’ils attendent avec une certaine impatience, c’est parce que ces événements sont pour eux un lieu de rassemblement où ils peuvent jouir d’une communion profonde, exprimer leur vision du monde, se ressourcer, s’enrichir de nouvelles idées et de nouvelles techniques de leur art qu’ils sont sûrs d’y trouver et enfin, de découvrir de nouvelles identités culturelles qui, jusque-là leur étaient inconnues. Ils ont hâte de retrouver le public, leur complice de toujours et qui les attend, de savourer le plaisir de lui faire plaisir, et de lui procurer ce sacré sentiment de plénitude qui l’entraîne à sa suite, dans les méandres de l’incarnation de son personnage. Et pendant ce laps de temps que dure le spectacle, ensemble ils riront, ensemble ils pleureront.
Quand le spectacle s’achève sur la scène, le public prend la relève à sa façon dans les foyers et les bistrots, racontant en s’efforçant de faire vivre à ceux qui n’étaient pas là les bons morceaux retenus au cours des spectacles.
Au festival, et en dépit de quelques coups de gueule feutrés à l’adresse du comité d’organisation en proie à quelques zones de turbulences, les comédiens suscitent tout de même une certaine admiration. L’acceptation de l’autre tel qu’il est, le désir d’être son ami, de le découvrir, de recevoir ce qu’il apporte et de comprendre même l’incompréhensible. Le plaisir de montrer ce qu’on est, ce qu’on a et ce qu’on sait faire, ils s’y adonnent sans faux - fuyants, sans retenue.
Mais comme les bonnes choses ne durent jamais, le rideau tombera fatalement sur l’événement et ce jour-la, le comédien devra se séparer des amis, anciens et nouveaux, avec le sentiment d’avoir vécu en quelques jours, l’équivalent du temps écoulé depuis le dernier festival. Empoignant sa valise, le carnet d’adresses rempli, la tête pleine d’idées nouvelles et de souvenirs chargés d’amitié, le comédien affronte le vent de tristesse qui souffle sur le village du festival, et qui le pousse presque sans ménagement vers le hall d’embarquement.
Sans autre choix, il ne peut que s’accrocher bec et ongles à un espoir qui plie mais ne rompt pas, celui de retrouver bientôt cette belle ambiance à la prochaine édition.
Qu’il est exaltant le métier de comédien !
Qu’il est beau le monde du théâtre !
Ambroise MBIA
Président de la 6ème édition du FIA
[in AFRICULTURES]